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Archive for décembre 2011

Et après.

Voici deux textes, très poignants, de Charlotte Delbo, survivante de la Shoah :

 

 » J’ai résisté à l’injustice

elle m’a prise

et elle m’a remise à la mort

j’ai résisté à la mort

si fort

qu’elle n’a pas pu m’ôter la vie

pour se venger

elle m’en a ôté l’envie

et

elle m’a fait un certificat

je l’ai là

signé d’une croix

pour me servir la prochaine fois. »

 

« Mon coeur a perdu sa peine

il a perdu sa raison de battre

la vie m’a été rendue

et je suis là devant la vie

comme devant une robe

qu’on ne peut plus mettre. »

 

C’est après la Mort. Survivre.

 

Charlotte Delbo, Auschwitz et après. Mesure de nos jours, Tome III, Paris, 1971, p.19

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J’étais de celles qui, il y a quelques temps, crier « Vive la prostitution! ». Oui. Car nous avons tout de même bien le droit de faire ce que l’on veut de notre corps. Car nous n’avons pas à juger les prostituées, nous n’avons pas à les stigmatiser, nous n’avons pas à les rejeter aux bans de la société.

Et c’est toujours ce que je pense.

Cependant, j’ai commencé par comprendre ce qu’était RÉELLEMENT la prostitution. Mon « vive la prostitution » n’était basé que sur l’idée de la liberté sexuelle. Or, la prostitution n’entre pas dans le cadre de la liberté sexuelle.

La prostitution c’est autre chose.

 

La première chose qui m’en a fait prendre conscience, ce sont ces chiffres (1) : « 80% des prostituées auraient été victimes d’inceste » et à ce chiffre, il faut rajouter les viols, agressions et autres abus sexuels. Quand on voit le nombre de viols par an, on peut facilement rehausser ce chiffre aux alentours de 99,9 %.

Pourquoi ce chiffre? Je manque d’informations sur le sujet, mais le constat est là. D’autant plus qu’il existe une pratique avérée dans les réseaux de prostitution : violer les femmes (2) avant de les « vendre » (ou les « louer » si vous préférez).

Conclusion : ne peut pas donner son corps qui veut. Ne peut donner son corps que celui à qui on lui a déjà pris.

 

La seconde chose qui m’a fait changer d’avis, et qui est liée à la première, c’est l’une des conséquences psycho-traumatiques de la prostitution : la décorporalisation. Ce phénomène-là est inhumain. Inhumain dans le sens où la victime perd une part de son humanité. Parce qu’elle est traitée en objet, pour ne pas que ça atteigne son esprit, elle se « détache » de son corps. Comme si son corps pouvait ne plus faire partie de son identité. Or ce corps fait partie de son identité, intégrale, humaine. Ce phénomène est également présent chez les victimes de violences sexuelles. Il est difficile d’expliquer ce que c’est réellement, je pense que c’est en visitant le web qu’on peut en prendre conscience, notamment grâce aux témoignages (3). Cette conséquence détruit la personne. Elle fait de toi, un être non-entier et un objet, 2 identités douloureuses et invivables.

 

Il y a la prostitution en réseaux, celle où les femmes sont réellement prisonnières. Tout le monde veut que cette traite d’humains disparaisse. Ensuite, il y a la prostitution dite « libre ». Là, les opinions divergent. Ceux qui défendent cette position y voient une liberté sexuelle, un choix, peut-être contraint par une situation précaire certes, mais c’est un choix comme un autre pour pouvoir y remédier. C’est peut-être même un choix facile, de l’argent facile, surtout avec tout ce chômage. Et il y a ceux qui sont « contre ». Bon je suis sûrement un peu trop dualiste, y a probablement d’autres positions…

Mais « contre », ça veut dire quoi ? ça ne veut surtout pas dire contre les prostituées (bon évidemment, j’expose ici ma vision des choses, pas celle d’aucun groupe bien que je me rattache aux « abolitionnistes). On croit toujours (enfin c’est de l’aveuglement et de la surdité) que ceux qui sont contre la prostitution, jugent en réalité les prostituées et veulent faire disparaître ces dévergondées du paysage urbain. Pas du tout. Je ne suis pas contre les prostituées mais contre la prostitution. Contre le fait qu’on puisse acheter un être humain, contre le fait qu’on puisse acheter son corps ET sa volonté. Et en cela, je suis POUR  la prostituée, puisque que je reconnais en elle son humanité, je ne la considère pas comme un simple marchandise sans sentiments, sans envies.

Il ne faut pas se leurrer. Pensez-vous réellement que les prostituées ont du désir à 20 passes la journées ? Quand bien même, elles auraient l’occasion de choisir ou d’être dans de beaux draps de soie, le désir est absent. La prostitution n’est pas une relation sexuelle, c’est de la marchandisation. Quand on accole le terme esclave à la prostitution, on ne parle pas seulement des réseaux, mais bien de l’aliénation d’autrui. Le consentement est biaisé par l’argent, la pression psychologique ou physique et par le fait même de la décorporalisation. Les prostituées n’offrent pas leur corps, elles l’abandonnent. Comment rester présente alors que vous n’avez pas envie de ce qu’on vous fait ? Pour preuve : les victimes de viol, pendant le viol, « abandonne » leur corps, ne se battent pas/plus, ce qui est en partie à cause de leur profonde culpabilité (qui n’a pas lieu d’être).

 

Je proclame haut et fort : la prostitution est un viol. Le viol est un meurtre psychique. La prostitution est un meurtre.

Quand VOUS payez une prostitué, VOUS la déshumanisez, VOUS la traitez comme un objet, un non-humain, sans désir, sans volonté, RIEN.

La prostitution n’est pas une idée. Ce sont des êtres humains, avec des sentiments, des émotions, des angoisses.

J’ignore comment on peut soutenir la prostitution quand on connait les conséquences dramatiques sur ces femmes.

 

Je ne parle même pas des violences physiques ou verbales exercées par le prostitueur ; je ne parle que du fait de « se prostituer », je ne parle que du fait de « louer son corps ». Car ce n’est pas simplement louer, ça marque à VIE. A chaque passe, l’identité se morcelle. Et c’est très, très dur à reconstituer. Impossible parfois.

 

La prostitution n’est pas une question de liberté sexuelle. C’est un manque de liberté, un manque de choix, que la contrainte soit physique, pécuniaire ou psychologique (et là, il faudrait aller voir les études approfondies du lien entre inceste et prostitution).

La prostitution est une question de Vie ou de Mort.

 

Les moyens pour aboutir à l’anéantissement de cette tuerie, ça c’est une autre histoire…

Le premier pas est peut-être de faire prendre conscience de l’horreur de la prostitution et d’arrêter les fantasmes sur la femme heureuse, libre et bien dans sa peau : la seule femme sur 1000 qui est dans ce cas-là ne doit pas faire taire toutes les autres, celles et ceux qui crient au secours et au désespoir.

 

(1) http://www.sosfemmes.com/sexwork/sexwork_textgen.htm

(2) j’utilise le mot femme pour parler des prostituées, tout en sachant qu’il existe aussi des hommes. Je pense que la situation, les conséquences sont relativement les mêmes.

(3) http://survivrealaprostitution.blogspot.com/

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« – Bonjour, je viens porter plainte. On m’a cambriolé.

– Ah… Je vois. Avez-vous fermé votre porte à clé ?

– Bien sûr ! Je le fais toujours !

– Vraiment ? et vos fenêtres ? vos volets ?

– … bien oui !

– Et votre jardin, est-il clôturé ?

– Quelle importance ? Quelqu’un est entré chez moi sans y être invité ! et il m’a volé ce qui m’appartenait ! Il n’a pas le droit, c’est tout !

– L’importance monsieur, c’est que vous en êtes responsable si vous n’avez pas assez protégé votre maison.

– Mais… c’est scandaleux ! C’est moi le coupable alors que c’est moi qui ai été volé ?

– C’est que je doute que vous ayez réellement été volé. Comprenez, si les obstacles sont insuffisants… Je pense plutôt que vous vouliez qu’on vous prenne vos affaires… Vous voulez juste faire parler de vous !
Une autre question : quelle est votre marque de voiture ?

– Pourquoi ? Elle n’a pas été volée.

– Oui, oui, mais si vous vous promenez dans une belle citadine neuve, ne venez pas vous plaindre de vous faire cambrioler. Vous attirez les malfrats »

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