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Archive for avril 2012

J’ai décidé d’écrire cet article suite à quelques thèmes de recherche qui conduisent certaines personnes sur mon blog, comme par exemple « viol je n’ai pas dit non ». On ressent nettement la culpabilité qui ressort de ces quelques mots et ça m’a pincé le cœur de me rendre compte que cette personne n’avait sûrement pas eu les réponses qu’elle cherchait ici.

Dans la loi, le viol est défini comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.23 du Code Pénal). L’agression sexuelle est définie comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.22). Le second se distingue du premier par la pénétration, que celle-ci soit vaginale, anale ou buccale et que ce soit le fait d’un pénis ou d’une autre partie du corps (comme les doigts), mais aussi d’un objet.

Bien que l’agression sexuelle soit un délit, cela est grave. Mon avis personnel est que la limite, quant à la qualification d’une agression en délit ou en crime, est mal jugée. Les conséquences peuvent être extrêmement graves dans le cas des agressions sexuelles. Ce que je cherche à démontrer ici, c’est que si vous avez été victime d’agression sexuelle, il ne faut pas « dévaloriser » votre souffrance. Celle-ci doit réellement être prise en compte.

Autre point important : la très grande majorité des victimes (je n’ose pas dire toutes) ressentent honte et culpabilité et cela, quelque soit le type/déroulement/contexte de l’agression (j’utilise désormais le mot agression pour tout type d’agression sexuelle y compris le viol). Cela signifie que si vous vous sentez coupable parce que vous n’avez pas crié par exemple, d’autres personnes qui ont crié ressentent également cette honte/culpabilité. Ainsi, la culpabilité n’est pas de votre fait. Je pense que c’est plutôt lié à « l’idée » qu’on se fait d’un viol et au fait que cette idée ne corresponde pas à ce que l’on a vécu. Nombreuses sont les victimes qui réalisent ce qui s’est passé des mois voire des années plus tard.

Peut-être vous sentez-vous coupable parce que vous n’avez pas dit non, vous n’avez pas insisté, vous ne vous êtes pas débattu-e, ou vous pensez que vous ne l’avez pas assez fait, parce que vous vous sentiez paralysé-e, parce que vous étiez dans une totale confusion, etc. ; ou bien vous vous sentez coupable parce que vous le connaissiez, ou que vous ne le connaissiez pas, parce que vous avez flirté, parce que vous avez bu. Il existe tout un tas de « raisons » pour lesquelles vous vous sentez coupable. Mais ça ne doit pas être le cas. L’important ce n’est pas ce que vous avez fait ou pas fait, ce n’est pas votre comportement antérieur ou votre réaction face à l’agression qui déterminent si c’est un viol ou pas, si c’est de votre faute ou pas.

La science actuelle permet notamment de comprendre les réactions des victimes face à une agression : lors d’un évènement traumatique, face à une grande montée d’angoisse, de peur, le cerveau va disjoncter ce qui va entraîner une paralysie de la victime. Ce mécanisme va également avoir pour conséquence de ne pas intégrer l’évènement en tant que souvenir, ce qui va expliquer les amnésies ou les désordres spatio-temporels. De plus, une mémoire traumatique se met en place et va affecter la vie de la victime (insomnies, angoisses…). Pour plus de détails, voici quelques sites : Stop aux violences (explications du Dr Salmona et vidéo), Mémoire traumatique et victimologie, Pas de justice, pas de paix – traumas.

La philosophe Susan J. Brison explique, dans son témoignage Après le viol, que la culpabilité qu’on peut ressentir est une façon de garder une vision logique du monde. En effet, vivre un tel évènement n’est pas normal, personne n’y est préparée (étant donné les mythes répandus sur le viol, on ne peut y être que mal préparé) et renverser la responsabilité d’un tel acte sur soi-même est une façon de préserver la logique d’un monde : « tant que tu suis les règles, il ne t’arrivera rien ». C’est notamment ce type de raisonnement qui amplifie la valeur accordée aux mythes.

Il faut donc se débarrasser d’une culpabilité et d’une honte qui devraient être portées par l’agresseur. Le regard de la société doit changer. Ce qui doit être pris en compte, ce n’est pas l’expression ou non d’un consentement biaisé par l’environnement ou la stratégie de l’agresseur (voir les très bons articles de Sandrine Goldschmidt sur la présomption de consentement et ), mais bien le comportement de ce dernier. C’est lui qui agit par contrainte, violence, menace ou surprise.

BinKa explique cette notion de comportement de l’agresseur Vs consentement de la victime ; A. Ginva propose, dans un commentaire à cet article (à lire aussi ici), de se poser ces questions :

Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour s’assurer, au delà du moindre doute, que si elle ne désirait pas tel acte, elle puisse le faire cesser immédiatement?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment, elle désirait pleinement les actes et qu’elle accepte en toute conscience?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment toutes les conditions soient présentes pour que le « oui » ne soit pas extorqué par la contrainte ou le sentiment d’obligation chez la partenaire? (Ceci exclut d’emblée tout rapport de hiérarchie, les drogues, l’alcool, un état de faiblesse morale ou physique chez la victime, et autres contre-indications).

En effet, dû à notre société actuelle, à l’ambiance générale qui règne autour de nous (publicité, pornographie…), nous intégrons plus ou moins inconsciemment que « l’homme propose, la femme dispose », c’est-à-dire une sexualité féminine d’abord soumise à la sexualité masculine. D’où le fait, qu’encore aujourd’hui, certains croient qu’on ne peut pas violer son épouse ; d’où le fait, que certaines personnes insistent pour obtenir un acte sexuel alors que toute vraie relation sexuelle est la rencontre de deux désirs. Ainsi, face à un tel schéma qui est plus ou moins intégré par les femmes, celles-ci peuvent « céder » sans qu’il y ait une quelconque violence. Mais, si on a l’impression de « céder », c’est bien parce que l’envie n’y ait pas, c’est bien parce qu’il y a eu une forme de contrainte, quelqu’elle soit. Cette situation est caractérisée comme un viol.

Je ne cherche pas à dire : il faut absolument que vous considérez vos relations correspondant à ces descriptions comme des viols, car un viol mérite d’être puni, un violeur doit aller en prison. Ce qui est important c’est de mettre un mot sur votre souffrance pour pouvoir la comprendre mais aussi, mettre les protagonistes à leur vraie place : dans un viol, il y a un agresseur et une victime. Et vous êtes la victime. Je pense que c’est un premier pas pour faire disparaître ce sentiment de culpabilité. Le mot victime n’est pas un gros mot ; le mot victime ne vous enferme pas dans une définition, une identité de laquelle vous ne pouvez pas sortir. C’est un mot pour signifier qu’on a porté atteinte à une personne, que celle-ci n’est pas responsable de ce qui lui est arrivé et qu’il est donc tout à fait normal qu’elle en ressente un certain mal-être.

Pour terminer, j’aimerais mettre ce site en lien où vous pouvez trouver diverses explications et surtout, des témoignages (souvent utiles quand on veut comparer son vécu pour savoir « si c’est bien un viol ») et la possibilité d’échanger avec une professionnelle qui peut vous aider dans votre parcours de victime : www.sosfemmes.com

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