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Archive for the ‘Changer le monde’ Category

Sous un titre un brin provocateur, je souhaiterais mettre à jour quelques unes de mes réflexions sur le système prostitutionnel.

J’aimerais d’abord préciser un point : je ne suis pas, ni n’a été prostituée (1). Et, bien que ce qui soit le plus important dans la prostitution, ce vers qui on doit concentrer tous nos efforts sont les personnes prostituées, je ne veux pas parler d’elles aujourd’hui. Je veux parler des prostitueurs. Les prostitueurs sont les hommes (2) qui achètent un acte sexuel auprès d’une ou plusieurs personnes, femmes, hommes, adultes, enfants.

Et j’applique, à ces hommes, mon raisonnement sur les violences sexuelles. Celui-ci est basé sur ce qu’on peut appeler la stratégie ou le comportement de l’agresseur. C’est ce point qui définit s’il y a violence (et non pas le comportement de la victime) (3).

Ainsi, je considère le comportement du prostitueur comme intrinsèquement violent. Pourquoi ?

Le prostitueur est égoïste. Il a recours à la prostitution car il souhaite obtenir quelque chose, pour lui. Pour qui d’autre ? Pour aider financièrement les personnes prostituées ? Si c’était le cas, il leur donnerait de l’argent sans rien demander en retour. Mais non, il ne pense qu’à lui, son plaisir, ses envies, ses « besoins » en ayant en tête toute sorte de justification : j’ai des besoins sexuels, personne ne veut coucher avec moi, ces femmes sont là pour ça, si elles sont là c’est parce qu’elles le veulent…

Certains vont se persuader qu’ils sont « gentils » : je fais que ce dont elle a envie, je veux qu’elle prenne du plaisir, je la laisse faire ce qu’elle veut, je lui parle, je ne la frappe pas, je lui demande son âge et si elle est prisonnière d’un réseau…

Il faut être assez stupide pour croire que les personnes prostituées vous diront qu’elles sont sous la contrainte d’un réseau ou qu’elles sont mineures, qu’elles n’aiment pas ce qu’elles font, qu’elles veulent fuir. Ça peut arriver, j’en suis sûre ; je suis même persuadée que ça peut se voir, se ressentir. Et dans ces cas-là, croyez-vous que ces « gentils » prostitueurs rebrousseront chemin ? Je suis persuadée qu’ils veulent simplement se donner bonne conscience. « Tant qu’elle acquiesce, c’est bon, elle consent, je peux faire ce que je veux ».

Mais ce que ces « gentils » ne veulent pas admettre, c’est qu’ils ont un point commun avec les « méchants », qu’ils ont un point commun avec tous les violeurs. Aucun d’entre eux ne sont dans une relation humaine. Ils ne sont pas dans un échange avec un être humain. Ils n’ont que faire de ses désirs, ses envies et surtout, ses non-envies. Ils n’ont que faire de sa vie, pourquoi elle est là, qu’est-ce qu’elle veut, qu’est-ce qu’elle aime, de quoi elle rêve, de quoi elle a peur… A leurs yeux, consciemment ou non, la prostituée n’est pas une personne à part entière. Ils ne l’ont pas rencontrée , ils l’ont choisie, ils l’ont sélectionnée. Ils la choisissent grande, petite ou brune. S’ils n’ont pas de critères physiques, ils auront toujours le critère de la prostituée : ils choisissent une prostituée, car elle est là pour ça.

Donc, soit le prostitueur sélectionne concrètement sa marchandise et l’évalue tel un objet de consommation et dans ce cas, il nie totalement l’humanité de la personne prostituée. Soit, il prend n’importe laquelle, mais une prostituée tout de même, et alors, il nie aussi son humanité car il y a les femmes, celles à qui on ne demande pas, et les prostituées, celle à qui on peut (4). Car les femmes, on peut les respecter, elles ont des envies. Mais les prostituées, elles n’en ont pas. Ou bien, elles ont toujours envie ? Si le prostitueur pense qu’elles n’ont pas d’envies, alors il les viole car elles n’ont pas envie. Et peut-on sincèrement croire que des milliers (millions) de femmes se tournent vers la prostitution car elles ont une libido tellement débordante qu’elles veulent toujours, tout le temps, avec n’importe qui, n’importe où, n’importe comment ?

La sexualité (si on peut l’appeler ainsi…) des prostitueurs est profondément égoïste et violente. Elle ne tourne qu’autour d’eux et est combiné avec le principe de libre disposition du corps des femmes. C’est cette vision qui fait de lui un violeur à très fort potentiel. Et le fait que, concrètement, il ne soit pas un violeur dépend des personnes qu’il a en face de lui, d’une histoire de coup de bol. Mais sa sexualité restera la même. Il a une sexualité de violeur. Et s’il a cette vision de la sexualité envers certains êtres humains, pourquoi cela n’affecterait-il pas les autres êtres humains? Pourquoi sa sexualité serait différente avec les « autres« , avec les femmes ? Comment pourrait-on faire une distinction entre les femmes d’un côté et les prostituées de l’autre sans nier l’humanité de toutes les femmes ?

Tous les prostitueurs sont des violeurs.

prostitueur = violeur

(1) Je me suis posée la question sur la meilleure des façons d’écrire ceci. J’ai préféré utiliser l’expression « être prostituée » plutôt qu’ « être une prostituée » car la première me semble plus relever d’une action et la seconde d’un rôle, un statut, une étiquette (comme si les femmes prostituées n’étaient définies que par ça).

(2) Il serait assez hypocrite de cacher cette réalité sociale. 99% des prostitueurs sont des hommes.

(3) Voir sur mon blog : Qu’est-ce qu’un viol ? & La stratégie de l’agresseur

(4) Mise à jour : on me fait remarquer très justement l’ambiguïté de ces propos. J’essayais de retransmettre ce que traduisent les agissements et les pensées des prostitueurs : ils font la distinction femmes (respectables)/prostituées (de l’ordre des sous-femmes ? donc qui ne font pas pleinement partie de l’humanité). Et je suis absolument écœurée par cette façon de penser. C’est cette façon de voir qui est déshumanisante. Pour que ce soit plus clair, j’ai mis en italique les mots « femmes » et « prostituées » quand il étaient utilisés dans le sens que leur donnent les prostitueurs.

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Tribune

L’intégralité de cette tribune peut être téléchargée ici. Toute personne adhérant à cet appel peut le reprendre à son compte et le reproduire, le diffuser et le publier. Par ailleurs une pétition est en ligne ici.

 

 

Incitation au viol sur un site de coaching en séduction

 

 

Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal
(1) comme incitant au viol.

Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).

L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.

Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).

Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).

Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société «
SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par
rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.

Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.

Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.

 

 

Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne

 

 

Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.

De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.

Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.

Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois
pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.

Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).

Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.

Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.

Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.

Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.

Collectif féministe et citoyen

 

 

Plainte au Procureur

 

 

Paris, le 05/09/2013

Lettre R.A.R.

Monsieur le Procureur de la République,

Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes
volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».

Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser -captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :

  • « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
  • « Attaquez sa poitrine »
  • « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
  • « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
  • « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
  • « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
  • « Imposez votre puissance ».
  • « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
  • « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
  • « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
  • « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
  • « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
  • « ne vous refusez rien ».

Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.

La présente faisant valoir ce que de droit.

 

Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

 

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

 

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Sources et liens cités dans l’appel :
(1) www.seductionbykamal.com
(2) www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3) http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4) www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5) www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6) www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7) www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8) www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9) www.legifrance.gouv.fr

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Il semble que, dans notre société, la première relation sexuelle se produit quand le pénis « rentre » dans le vagin. Cela semble être la définition de base. Mais y a-t-il une certaine « profondeur » à respecter qui caractériserait la « première fois » ? Est-ce que la déchirure de l’hymen en est l’objectif ? Ou bien faut-il qu’il y ait éjaculation pour que ça compte ?

Tout ceci me semble bien rigide, bien technique : comment démonter par A + B que monsieur-madame a perdu sa virginité. Je n’aime pas cette définition.

Tout d’abord, c’est une vision très hétérocentrée. Je ne sais pas trop ce que la société pense des relations homosexuelles masculines : celles-ci devant se résumer à pénis-dans-anus ou pénis-dans-bouche, je me pose la question de savoir si Elle pense que celui qui « se fait pénétrer »* est toujours vierge parce que lui n’a pas mis son pénis-dans-quelquechose. Et que pense-t-Elle des relations lesbiennes ? Sans pénis, pas de relation sexuelle. Les Lesbiennes sont de vraies Vierges (je ris à l’idée que des catholiques doivent comparer les lesbiennes à leur vierge Marie).

Ensuite, il y a cette histoire d’hymen. On sait maintenant (et il y a 4000 ans, on le savait aussi) que toutes les femmes n’ont pas d’hymen, que celui-ci ne se déchire pas dès la première pénétration ou que la femme ne saigne pas toujours. Bref, la perte de la virginité, pour une femme, ne se résume pas à une caractéristique physique.

J’avais posé la question de l’éjaculation juste pour la rhétorique puisque je doute qu’elle entre en jeu dans la définition de la « première fois ». Mais elle est importante puisqu’elle rejoint la question de la reproduction. Je pense que c’est autour de cette dernière que la virginité se définit.

Aujourd’hui la virginité n’a pas grande importance. Mais dans une société où la filiation prend une grande place, la virginité des femmes en a une également. Elle n’a pas nécessairement de valeur morale mais une valeur technique/juridique. Si une femme est vierge, au sens de pas-de-pénis-dans-vagin, alors elle ne risque pas d’enfanter. Donc, chaque homme (monde patriarcal, quand tu nous tiens) est assuré que sa progéniture est la sienne si tant est que son épouse ne commette pas d’adultère (qui est exclusivement féminin dans certaines sociétés). La notion de virginité serait donc intimement liée à la capacité reproductive : ce qui n’a aucun sens aujourd’hui, ici, maintenant (oups, je prends la pilule, je ne peux être que vierge).

Ceci expliquant cela, je dis crotte à ceux qui parlent de « première fois ». Je pense plutôt que chacun a sa propre définition de la première fois parce que chacun a sa propre définition de la sexualité. Moi toute seule, j’ai vécu ma première fois ; ou bien je n’étais pas toute seule, mais personne n’a touché l’autre ; ou bien juste un peu ; ou beaucoup ; pleins de choses différentes ; ou rien du tout ; à 1, à 2 ou plus, avec n’importe qui. Chacun-e donne l’importance qu’il-elle veut à ses expériences sexuelles. Tant que ça compte pour lui-elle, alors ça compte ; si ça compte pas, ça compte pas.

J’ai couché avec pleins de garçons avant de vivre ma première fois.

*Je mets cette expression entre guillemets parce qu’elle est grammaticalement lourde de sens patriarcal, donc fausse. 🙂

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Le consentement ne s’achète pas.

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En théorie, les gens sont unanimement contre le viol, contre ce crime ignoble.

En pratique, ces belles pensées sont oubliées.

 

Un beau jour, j’ai essayé de faire comprendre à quelques personnes à quel point leurs propos sur un « soi-disant » viol (« c’est facile de faire croire qu’on s’est fait violé ; elle fait ça pour l’argent ») étaient faux mais surtout dangereux. On me répond, outré, que je les assimile à des « pro-violeurs ».

Justement, ils ne croient pas si bien dire.

 

Antisexisme a fait un belle synthèse sur les mythes sur le viol et ses conséquences. Ces mythes entravent le rétablissement des victimes, contribuent à immuniser les agresseurs et accentuent les viols et les inégalités de sexe.

Quels sont ces mythes et qui y adhère ?

Les conséquences pour la victime.

Ces mythes restreignent la liberté des femmes.

Les conséquences sur la propension au viol.

Transmission de ces mythes par les médias.

 

« Quand la majorité semble adhérer aux mythes autour du viol, la croyance en ces mythes est renforcée au niveau individuel, et la propension au viol, amplifiée. »

Les mythes sur le viol doivent donc être démentis.

 

http://www.contreleviol.fr/

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… il parle de viol d’animaux.

« 10 ans. La peine de prison à laquelle a été condamné un Californien pour avoir abusé sexuellement d’un chien chihuahua. »

Dans le chapitre « Longueurs d’avance : le décryptage des tendances selon TGV magazine » ; rubrique, « Les chiffres insolites ».

Donc, condamner un individu pour le viol d’un animal serait une tendance (c’est le genre de lubie typique de l’Amérique déglinguée et puritaine) et le condamner pour 10 ans serait « insolite ».

C’est un petit encadré de 5 lignes seulement mais qui peut dire tout ça !

En 5 lignes, on se moque de viol d’animaux ; en 5 lignes, on se moque d’une condamnation pour viol.

La  condamnation d’un viol de chihuahua ne devrait pas excéder combien d’années, de mois ou de semaines pour ne plus être insolite ?

Le viol d’un dobermann est-il moins risible ? et plus pénalement sanctionnable ?

 

J’ai un (même 3!) nouveau chiffre insolite à leur soumettre :

« 75000 femmes adultes violées par an. 10% de plaintes. 1% de condamnations. »

Le 8 mars (« journée de la/des/du droit des femmes ») approche. Pas de justice, pas de paix a lancé sa campagne.

 

 

Lien du TGV mag, du mois de février (page 12) :

http://www.tgv.com/fr/tgv-et-vous/tgv-magazine

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J’étais de celles qui, il y a quelques temps, crier « Vive la prostitution! ». Oui. Car nous avons tout de même bien le droit de faire ce que l’on veut de notre corps. Car nous n’avons pas à juger les prostituées, nous n’avons pas à les stigmatiser, nous n’avons pas à les rejeter aux bans de la société.

Et c’est toujours ce que je pense.

Cependant, j’ai commencé par comprendre ce qu’était RÉELLEMENT la prostitution. Mon « vive la prostitution » n’était basé que sur l’idée de la liberté sexuelle. Or, la prostitution n’entre pas dans le cadre de la liberté sexuelle.

La prostitution c’est autre chose.

 

La première chose qui m’en a fait prendre conscience, ce sont ces chiffres (1) : « 80% des prostituées auraient été victimes d’inceste » et à ce chiffre, il faut rajouter les viols, agressions et autres abus sexuels. Quand on voit le nombre de viols par an, on peut facilement rehausser ce chiffre aux alentours de 99,9 %.

Pourquoi ce chiffre? Je manque d’informations sur le sujet, mais le constat est là. D’autant plus qu’il existe une pratique avérée dans les réseaux de prostitution : violer les femmes (2) avant de les « vendre » (ou les « louer » si vous préférez).

Conclusion : ne peut pas donner son corps qui veut. Ne peut donner son corps que celui à qui on lui a déjà pris.

 

La seconde chose qui m’a fait changer d’avis, et qui est liée à la première, c’est l’une des conséquences psycho-traumatiques de la prostitution : la décorporalisation. Ce phénomène-là est inhumain. Inhumain dans le sens où la victime perd une part de son humanité. Parce qu’elle est traitée en objet, pour ne pas que ça atteigne son esprit, elle se « détache » de son corps. Comme si son corps pouvait ne plus faire partie de son identité. Or ce corps fait partie de son identité, intégrale, humaine. Ce phénomène est également présent chez les victimes de violences sexuelles. Il est difficile d’expliquer ce que c’est réellement, je pense que c’est en visitant le web qu’on peut en prendre conscience, notamment grâce aux témoignages (3). Cette conséquence détruit la personne. Elle fait de toi, un être non-entier et un objet, 2 identités douloureuses et invivables.

 

Il y a la prostitution en réseaux, celle où les femmes sont réellement prisonnières. Tout le monde veut que cette traite d’humains disparaisse. Ensuite, il y a la prostitution dite « libre ». Là, les opinions divergent. Ceux qui défendent cette position y voient une liberté sexuelle, un choix, peut-être contraint par une situation précaire certes, mais c’est un choix comme un autre pour pouvoir y remédier. C’est peut-être même un choix facile, de l’argent facile, surtout avec tout ce chômage. Et il y a ceux qui sont « contre ». Bon je suis sûrement un peu trop dualiste, y a probablement d’autres positions…

Mais « contre », ça veut dire quoi ? ça ne veut surtout pas dire contre les prostituées (bon évidemment, j’expose ici ma vision des choses, pas celle d’aucun groupe bien que je me rattache aux « abolitionnistes). On croit toujours (enfin c’est de l’aveuglement et de la surdité) que ceux qui sont contre la prostitution, jugent en réalité les prostituées et veulent faire disparaître ces dévergondées du paysage urbain. Pas du tout. Je ne suis pas contre les prostituées mais contre la prostitution. Contre le fait qu’on puisse acheter un être humain, contre le fait qu’on puisse acheter son corps ET sa volonté. Et en cela, je suis POUR  la prostituée, puisque que je reconnais en elle son humanité, je ne la considère pas comme un simple marchandise sans sentiments, sans envies.

Il ne faut pas se leurrer. Pensez-vous réellement que les prostituées ont du désir à 20 passes la journées ? Quand bien même, elles auraient l’occasion de choisir ou d’être dans de beaux draps de soie, le désir est absent. La prostitution n’est pas une relation sexuelle, c’est de la marchandisation. Quand on accole le terme esclave à la prostitution, on ne parle pas seulement des réseaux, mais bien de l’aliénation d’autrui. Le consentement est biaisé par l’argent, la pression psychologique ou physique et par le fait même de la décorporalisation. Les prostituées n’offrent pas leur corps, elles l’abandonnent. Comment rester présente alors que vous n’avez pas envie de ce qu’on vous fait ? Pour preuve : les victimes de viol, pendant le viol, « abandonne » leur corps, ne se battent pas/plus, ce qui est en partie à cause de leur profonde culpabilité (qui n’a pas lieu d’être).

 

Je proclame haut et fort : la prostitution est un viol. Le viol est un meurtre psychique. La prostitution est un meurtre.

Quand VOUS payez une prostitué, VOUS la déshumanisez, VOUS la traitez comme un objet, un non-humain, sans désir, sans volonté, RIEN.

La prostitution n’est pas une idée. Ce sont des êtres humains, avec des sentiments, des émotions, des angoisses.

J’ignore comment on peut soutenir la prostitution quand on connait les conséquences dramatiques sur ces femmes.

 

Je ne parle même pas des violences physiques ou verbales exercées par le prostitueur ; je ne parle que du fait de « se prostituer », je ne parle que du fait de « louer son corps ». Car ce n’est pas simplement louer, ça marque à VIE. A chaque passe, l’identité se morcelle. Et c’est très, très dur à reconstituer. Impossible parfois.

 

La prostitution n’est pas une question de liberté sexuelle. C’est un manque de liberté, un manque de choix, que la contrainte soit physique, pécuniaire ou psychologique (et là, il faudrait aller voir les études approfondies du lien entre inceste et prostitution).

La prostitution est une question de Vie ou de Mort.

 

Les moyens pour aboutir à l’anéantissement de cette tuerie, ça c’est une autre histoire…

Le premier pas est peut-être de faire prendre conscience de l’horreur de la prostitution et d’arrêter les fantasmes sur la femme heureuse, libre et bien dans sa peau : la seule femme sur 1000 qui est dans ce cas-là ne doit pas faire taire toutes les autres, celles et ceux qui crient au secours et au désespoir.

 

(1) http://www.sosfemmes.com/sexwork/sexwork_textgen.htm

(2) j’utilise le mot femme pour parler des prostituées, tout en sachant qu’il existe aussi des hommes. Je pense que la situation, les conséquences sont relativement les mêmes.

(3) http://survivrealaprostitution.blogspot.com/

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