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Archive for the ‘Être une femme’ Category

Tiens, j’ai envie de parler d’un truc joyeux aujourd’hui parce que je m’en rends compte presque tous les jours et ça change des trucs glauques, pas drôles, déprimants. Cela fait quelques mois que je me balade dans les rues, le jour, la nuit, seule ou non, sans que je sois victime de harcèlement de rue. Jamais.

Quand je croise un ou plusieurs hommes le soir, je ne suis plus sur mes gardes et l’idée qu’ils m’abordent ne me vient même plus à l’esprit.
Quand un homme vient me parler, mon premier réflexe est de penser que ce n’est pas innocent, qu’il vient me parler parce que je suis une femme. Et après quelques échanges, je me rend compte que non. Du coup, oui, je peux continuer la conversation en étant bien plus à l’aise. Je ne sais pas réellement comment je sais que c’est innocent, je le sens juste. C’est peut-être dans le regard, dans la façon dont on me parle, voire même dans les sujets abordés.
J’ai encore cette appréhension quand je vois un homme debout dans la rue, au pied d’une porte, à fumer, à attendre ou à parler avec des amis, qu’il me regarde comme un morceau de viande. Et quand je passe, rien.
Et je vous assure que ça, ça met de bonne humeur !

J’ai encore du mal à m’y habituer, c’est dire l’ampleur de ce que peut être le harcèlement de rue au quotidien. Le sexisme, le harcèlement et les violences sont ailleurs, sans aucun doute, mais dans la rue ils semblent absents. Par contre, j’en ignore totalement les raisons. Est-ce le fait d’une grande ville où il y a tellement de monde que tout le monde s’ignore ? Est-ce le fait de l’extrême politesse apparente du pays ? Ou y a-t-il eu une réflexion sur le harcèlement, la rue et les genres ? Ou autre chose, je ne sais pas. Mais ça me fait des vacances !

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En visitant un musée, j’ai eu la joie de tomber sur ces deux magnifiques objets. Ils datent du 16 et 17ème siècles. Ce sont des instruments de torture destinés aux femmes particulièrement.

Allemagne, 17e s.

« Scold’s bridle » exposé au Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow.

Cet objet, appelé « Scold’s bridle », était utilisé contre les personnes qui troublaient l’ordre public, harcelaient leurs voisins ou alimentaient des rumeurs. En réalité, il était surtout destiné aux femmes. Cet objet qui recouvre toute la tête, pèse 1 kg. Des bords métalliques dentelés s’encastraient dans les joues ce qui empêchait la victime de parler.

"Brank" exposé au Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow.

« Brank » exposé au Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow.

Le second objet avait la même fonction, celle de « brider » les femmes. Il était porté autour du cou. On voit très bien les deux pointes de fer qui menaçaient la gorge de la victime. La chaîne servait à traîner la femme jusqu’à un endroit public pour l’humilier.

En plus du caractère humiliant de ces objets, ils avaient surtout pour but d’empêcher les femmes de parler. On retrouve ici un cliché, donc très ancien, de la femme bavarde et mesquine dont les paroles nuisent aux autres, à leur tranquillité et leur réputation.

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J’avais déjà abordé ce point ici : la stratégie de l’agresseur permet de définir s’il y a viol en dehors de l’analyse du ressenti et des réactions de la victime. Il s’agit de pointer la pensée, le but et les comportements de l’agresseur qui démontrent ainsi sa volonté de passer outre le désir de l’autre, sa victime. Néanmoins, le terme de « stratégie » me dérange car il implique une sorte de préméditation du crime, une sorte de perversité qui exclurait bon nombres d’agresseurs. C’est pourquoi, je préfère parler de comportement de l’agresseur. J’aimerais expliciter cette notion à travers ce que j’analyse de mon vécu ou de celui d’autres personnes.

Ainsi, je vois une première catégorie d’agresseurs. A celle-ci, j’applique volontiers le terme de « stratégie ». Ce sont, pour moi, les individus décidant consciemment de dominer autrui et qui y tirent du plaisir. L’une de mes amies m’a récemment confié un propos qu’avait tenu un ex-compagnon. Un matin, il lui a dit : « Tu as senti ? Je t’ai fait l’amour cette nuit. » Ici, il est clairement spécifié que, malgré l’emploi du mot « amour », c’est un viol où l’agresseur a utilisé le corps inconscient d’une autre personne pour son désir personnel : la victime est consciemment objétisée puisqu’elle « n’était pas là », elle n’était pas consciente et donc consentante. L’agresseur a donc parfaitement conscience de ce qu’il a fait. De plus, il en fait part à la victime. Il le dit d’une manière enrobée, mais comment ne pas y voir une seconde façon de rabaisser la victime ? Il lui dit ici qu’il a conscience de ce qu’il a fait, tout en lui faisant croire que c’était normal (« faire l’amour ») et attend sa réaction. A mon avis, il a tiré plaisir de voir la souffrance, la soumission et surtout le trouble que cela doit engendré dans l’esprit de la victime, trouble résultant de la manipulation de l’agresseur. En effet, mon amie vivait une relation abusive, violente, et l’homme en question a su instaurer un climat d’insécurité et de parfaite soumission de la victime qui n’a plus conscience de ses droits. Quand elle m’a raconté cette histoire, elle n’imaginait pas que c’était un viol, parce qu’elle n’avait rien fait, rien objecté. Mais comment le pouvait-elle ? L’agresseur avait clairement une stratégie pour abuser (pas uniquement sexuellement) quotidiennement de sa victime.

Je perçois une deuxième catégorie d’agresseurs où la domination semble moins consciente. C’est dans celle-ci que je placerais mon agresseur principal. Ce n’est que longtemps après avoir admis le viol, longtemps après avoir tout décortiqué, que j’ai réalisé que mon agresseur avait également une « stratégie ». Il m’est venu à l’esprit que mon agresseur avait envie de « baiser ». Peu importe avec qui et comment, ce qu’il voulait, c’était baiser. Alors, oui, il a eu un comportement d’agresseur en faisant fi de mes maigres protestations, mais là où je vois le véritable agresseur, c’est dans son égoïsme. C’est cet égoïsme-là, la prise en compte de son seul désir, sans prendre en considération la personne en face, qui l’a poussé au viol. Je ne parle pas ici de pulsions sexuelles (qui n’existent pas), juste d’une image de la sexualité tellement centrée sur son désir et incluant la libre disposition du corps des femmes qu’elle est violente en soi. La sexualité de cet individu est violente. J’étais là, c’était pas de bol pour moi. Y aurait-il eu une autre fille, une fille désirant cette relation, il n’y aurait peut-être pas eu de viol mais sa sexualité à lui resterait tout aussi violente.

Je ne me veux pas exhaustive et aucune pensée n’est aboutie, mais je pense que la plupart des viols correspondent à l’une de ces catégories. C’est en tout cas ainsi que je voyais les choses jusqu’à être confrontée à d’autres types de « rapports sexuels » que je définis également comme violents. J’ai trois cas en tête : celui d’une jeune fille de 16 ans, saoule, entamant d’elle-même une fellation à un jeune homme plus âgé de quelques années et qui porte plainte pour viol peu après ; celui d’une autre jeune fille ayant également pratiqué une fellation à son (premier) copain parce qu’elle pensait que c’était ainsi qu’elle devait se comporter ; et enfin, mon propre cas où, n’ayant aucune sexualité car totalement déconnectée de mon corps, j’ai consciemment provoqué des rapports sexuels afin d’être « normale ». Pour les deux premiers cas, je n’ai pas plus d’informations que celles données ici. Peut-être qu’avec plus d’informations, on pourrait établir une « stratégie » de l’agresseur : l’homme avait-il demandé, insisté, laissé entendre que la fille devait lui faire une fellation ? Mais même sans cela, dans ces trois cas, j’y vois deux choses. La première est la pression sociale que subissent les femmes pour être sexuellement disponibles : « je dois faire ça », « on attend ça de moi », « sans ça, je suis anormale/coincée/autre ». Et ceci me cause un problème : comment avoir une sexualité libre si on se sent obligé-e de dire oui ? Si, ce qui pèse dans la balance n’est pas seulement notre envie mais aussi cette sensation du « devoir » ? La seconde chose qui me pose problème est la responsabilité du partenaire sexuel. Compte-tenu de sa position dominante (d’homme sur femme), ne devrait-il pas s’assurer du consentement enthousiaste de sa partenaire ? Ne doit-il pas tenter d’annuler la pression que la société fait peser sur les femmes par un comportement responsable ? Et, si on part de cette idée, qu’en est-il de sa responsabilité dans un rapport qui a dégouté la femme ? Pour ces femmes, sans que cela soit considéré comme un viol, elles ont vécu leur expérience comme une violence : une relation sexuelle n’est pas censée vous dégouter, vous dégouter de vous-même.  Alors, peut-on considérer qu’il existe des viols sans violeur ?

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Intervention du Dr. M. Salmona (dailymotion)

Voici une vidéo, toujours aussi précieuse, de Muriel Salmona. Si vous souhaitez comprendre les mécanismes qui se mettent en place suite à un viol, prenez ces quelques minutes de votre temps.

J’ai été émue d’entendre des phrases qui m’ont fait tilt pour les avoir déjà pensées ou ressenties : « remettre les choses à l’endroit » ou encore « reprendre dans ses bras » celle qu’on était à ce moment-là. Toutes ces petites choses qui me font dire que je pense bien les choses : elles sont bien à l’endroit dans ma tête.

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Aujourd’hui je vis un cas d’école. Je fais face à une « campagne » de décrédibilisation qui illustre ce à quoi les victimes de violences sexuelles peuvent se heurter. Cette histoire éclaire particulièrement l’attitude et la (non-)logique des défenseurs des agresseurs potentiels.

Posons le contexte de cette histoire personnelle : moi, A avec qui j’ai couché il y a belle lurette et B une amie commune. De part mon expérience précédente, j’avais un rapport à ma personne, à mon corps et à ma sexualité complètement chamboulé. La relation avec A, que j’ai voulue, a été une vraie catastrophe puisque j’ai du faire face à mes « désordres » intérieurs, puisque je vivais des flash-back émotionnels permanents qui ont empiré l’image que j’avais de moi. Cette histoire m’a véritablement fait souffrir en ce qu’elle réveillait en moi. Après des mois et des mois d’auto-flagellation, j’en suis venue peu à peu à écouter mon corps et la souffrance que j’avais ressentie à ce moment-là. J’ai fini par réaliser que j’étais dans mon droit, le droit à la reconnaissance de cette souffrance. Pour cela, j’ai du partager mes angoisses et ma vulnérabilité à A qui les a merveilleusement méprisées.

A partir de cette histoire, B s’auto-persuade que j’accuse A de viol.

Etant totalement ignorante des pensées et des actions de B à mon égard, celle-ci raconte autour de moi que je suis « une féministe extrémiste », « obsédée par le viol » et que je veux que A « crève ». Ce que je vois ici, c’est qu’on veut me faire passer pour une espèce de folle psychopathe qui voit des viols là où il n’y en a pas et qui déteste tellement A que je serais prête à inventer n’importe quoi pour me venger.

Tout ceci vous rappelle-t-il quelque chose ? La décrédibilisation de la parole des victimes. J’ai l’impression que B met en place une stratégie pour que ma parole devienne sans valeur, illégitime, le jour où je déciderai de dire que A m’a violée.

A côté de ça, B a également tenter de m’isoler en invoquant des disputes imaginaires ayant pour sujet mon féminisme aggravé.

Donc, je suis une folle mais personne ne viendra me défendre parce que je n’aurai plus d’amis qui voudront se démener pour prouver le contraire.

Enfin, je trouve cette histoire particulièrement révélatrice parce qu’il n’y a pas viol. Mais B s’en est-elle assurée ? Est-elle venue me parler pour connaitre mon ressenti, ma vision de voir les choses ? Non. Nous ne pouvons donc pas dire qu’elle ne me crois pas parce que j’avais une version qui lui paraissait pas très convaincante. Non, elle a décidé que j’avais tort. Et c’est ça que je trouve complètement ahurissant mais si parlant. B, extérieur au possible viol, est d’office du côté du violeur potentiel, parce que, j’imagine, « il n’est pas comme ça », « c’est un type bien » : vive le pays des Bisounours et il faut y rester coûte que coûte.

D’ailleurs je suis persuadé qu’elle croit véritablement à ma folie. C’est tellement plus simple que de se poser des questions.

Voilà, tout ceci m’éclaire de l’hypocrisie et de la stupidité de ceux qui défendent avec acharnement des violeurs. Ce sont des gens qui se bornent (borgnent ? -un petit peu d’humour) à être aveugle parce qu’ils ne veulent pas voir.

Courage donc à toutes les victimes qui doivent subir ça.

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Un petit coup de gueule pour aujourd’hui.

Je suis rarement malade, je me suis faite opérer une seule fois dans ma vie et, donc, j’ai connu que très peu de médecins différents. Les seuls que je vois régulièrement sont mon médecin traitant et ma gynécologue ; toutes les deux sont des femmes. La seconde est très sympathique, elle te met facilement à l’aise, ce qui est assez idéal pour un gynécologue (ma 1ère gynéco était d’ailleurs assez froide et je n’y suis jamais retournée). Quant à la première, j’avoue que je ne l’aime pas trop. Parfois j’ai l’impression qu’elle en a un peu marre que des patients viennent la voir à la chaîne, mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle est méprisante. Ce qui est dérangeant c’est qu’on est censé avoir une relation de confiance avec son médecin. J’ai même entendu dire qu’un bon médecin est celui qui est toujours en retard car il prend le temps de discuter avec ses patients. J’aillais dire que cette confiance était paradoxale avec le statut même du médecin qui lui confère un certain « pouvoir », mais en fait c’est tout à fait logique, on lui fait confiance pour qu’il n’abuse justement pas de sa position.

Là où je veux en venir c’est que lorsqu’on est face à un médecin homme, on est face à une double domination, en tant que femme. Le médecin décide ou non d’abuser de sa double position dominante, et beaucoup sont sûrement tout à fait respectueux, mais je me demande s’il n’y a pas plus de risques. Le métier de médecin est plutôt valorisé (idéologiquement parlant) ce qui peut entraîner un certain dédain pour nous autres, pauvres mortels, à quoi se rajoute l’éducation genrée qui peut causer un certains mépris des femmes (jusqu’à l’objétisation) ou bien une survalorisation de leur « être ».

J’ai du rencontrer 2 médecins de ce genre (3 si on étend le terme de médecin aux psychologues). Le premier quand j’avais 15 ans et le second, ce matin même (d’où mon petit coup de gueule, faut bien que j’évacue un peu de mon énervement).

Pour le premier, c’était assez horrible quand j’y repense. Il a été très très méprisant avec ma mère et moi, peut-être à cause d’une petite erreur de planning (faut bien lui trouver des excuses), puis insultant quand il m’a traitée de « grand-mère » quand j’ai ouvert la bouche pour l’auscultation (j’ai rien contre les grands-mères, mais c’est assez déstabilisant de se faire parler de cette manière) et enfin, il m’a « palpé » les seins. Même si j’ai encore quelques doutes aujourd’hui, je ne crois pas qu’il avait à faire ça : ce n’était qu’un anesthésiste et c’était pour une opération des dents de sagesse. Le côté positif, c’est que même si c’en était une, je n’ai jamais vécu ça comme une agression. C’était un médecin, je ne me posais pas de questions pour savoir si c’était normal ou pas, même si, en soi, j’ai été assez étonnée voire dérangée. Et ce qui m’agace, c’est ça : ne pas se faire confiance, à soi, à son corps et à ce qu’on ressent, passé outre ses émotions parce que c’est un médecin. Je déteste le statut quasi-divin qu’un patient peut donner à son médecin parce que c’est lui qui peut te guérir, parce qu’il sait tout mieux que toi, parce qu’on est censé lui faire confiance. J’imagine assez mal poser des questions à chaque mouvement du médecin, mais peut-être qu’on devrait, c’est notre corps après tout. On devrait comprendre chaque manipulation que quelqu’un lui fait.

Après quelques années où je suis, entre autre, devenue féministe et où j’ai appris à me faire confiance et à écouter mon corps (même si ce n’est pas parfait), je suis encore tombée sur un médecin méprisant. Un accueil des plus chaleureux. J’ai l’ai tout de suite senti antipathique. Une façon de me poser des questions et de faire quelques remarques qui n’était pas très plaisante. Mébon, passons. Vient le moment où je me déshabille et où il me regarde de tous les côtés pour voir si je me tiens droite. Le moment où je vois ses yeux s’attarder sur un de mes seins, rrrrrh… Mébon, passons. Ensuite, rien de bien notable, mais par 2 fois, il me dit « vous êtes pas mal ». C’est bien sûr à comprendre dans le sens « tout va bien chez vous, vous êtes plutôt en bonne santé, rien ne cloche ». Mais je ne peux pas ignorer cette phrase à double sens ; et je sais très bien comment le langage peut-être un outils de domination et comment il peut être manipulé pour satisfaire les petits désirs machistes de certains. Et même si je le sais, si j’ai senti ça chez ce médecin, je peux rien dire, rien faire à part m’énerver intérieurement contre lui. Sinon, les gens croiraient que je suis hystérique.

Ah, et je n’aime pas les pharmaciens non plus.

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On a tout-e-s vécu, en tant que femme, les sifflements, les rires gras, les blagues vaseuses ou les interpellations chargées de « compliments » dans la rue.

Je me rappelle, quand j’étais plus jeune, je me sentais surtout flattée, ou même j’enviais celles qui me racontaient ce genre de choses. Mais, après quelques années, après avoir vécu en ville et y avoir droit quasiment tous les jours, ça en devient lassant. C’est même plus que ça, on en a juste pas envie. Quand on passe devant un chantier, on redoute les sifflements. Parfois, souvent pour certain-e-s, on la joue cool, sympa, « oh merci », pas parce qu’on est touché-e ou parce qu’on le pense, mais pour éviter les ennuis. Si on leur crie un nom d’oiseau, ils risquent bien de surenchérir voire d’être bien plus violent (en tout cas on en a peur, qu’ils le fassent ou pas). Si on ne dit rien, alors on est une « salope méprisante ». Même quand on dit merci, on peut aussi être cataloguée de « salope » : bah oui, en nous « complimentant », ils nous donnent du pouvoir (sexuel?), alors il faut vite nous remettre à notre place. Bref, on a tout faux.

Un soir, en marchant dans la rue avec des ami-e-s, et sortant d’une soirée, je me suis trouvée inspirée et j’ai agi de la même manière que ces « dragueurs de rue » envers des hommes. Aucun n’a réagi, aucun ne m’a parlé et tout le monde m’a fui (et ils avaient bien raison). Peut-être qu’ils m’ont juste pris pour une fille saoule, mais je pense qu’ils ne voulaient juste pas être dérangés.

Moi ça me dérange quand on m’accoste dans la rue (pas pour me demander le chemin, on est bien d’accord). Que je sois pressée ou pas, certains ne me demandent pas gentiment que je leur offre un peu de mon temps, non, ils l’exigent ! Parce que je dois répondre : « Allez quoi, c’est pour faire connaissance, on est sympa! »

Franchement, ces gens-là croient-il réellement qu’ils ont une seule petite chance de « faire connaissance » avec la femme qu’ils interpellent ? Non bien sûr que non. Du moins pas avec un tel comportement. Est-ce qu’ils croient vraiment qu’on va leur sauter dessus parce qu’ils nous auront dit bonjour ?

Alors quelles sont leurs intentions ? Sûrement, se réserver l’espace public qui est la rue mais aussi la parole, puisque quoi qu’on dise, rien ne les satisfait. Je pense qu’ils tirent plaisir (généralement, ça les fait rire) à se sentir en position dominante ; ils savent qu’ils nous rabaissent en nous accostant ainsi dans la rue, qu’on ne peut rien dire ou pire, qu’on doit les remercier, ce qui est un comble ! Car c’est aussi s’approprier notre corps. Parce qu’après tout, c’est notre corps qu’ils scrutent et qu’ils jugent, comme si nous n’étions que ça. En public, nous ne sommes que ça. Notre personnalité, on s’en fout ; notre volonté, aussi.

Parce que quand on répond « oui vous me dérangez ; non, je ne veux pas vous parler/faire connaissance/que vous marchiez avec moi dans la rue », ils ne l’acceptent pas, continuent leur monologue et à nous suivre.

Alors zut, je ne jouerai plus à ce jeu-là. Je ne dirai plus merci. Je ne sourirai plus histoire d’être « sympa ». Je ne gaspillerai pas mon temps. Et je ferai bien comprendre que quand je dis non, c’est non.

Je me réapproprie la rue qui m’appartient de droit.

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