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Tribune

L’intégralité de cette tribune peut être téléchargée ici. Toute personne adhérant à cet appel peut le reprendre à son compte et le reproduire, le diffuser et le publier. Par ailleurs une pétition est en ligne ici.

 

 

Incitation au viol sur un site de coaching en séduction

 

 

Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal
(1) comme incitant au viol.

Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).

L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.

Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).

Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).

Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société «
SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par
rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.

Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.

Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.

 

 

Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne

 

 

Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.

De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.

Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.

Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois
pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.

Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).

Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.

Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.

Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.

Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.

Collectif féministe et citoyen

 

 

Plainte au Procureur

 

 

Paris, le 05/09/2013

Lettre R.A.R.

Monsieur le Procureur de la République,

Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes
volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».

Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser -captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :

  • « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
  • « Attaquez sa poitrine »
  • « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
  • « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
  • « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
  • « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
  • « Imposez votre puissance ».
  • « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
  • « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
  • « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
  • « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
  • « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
  • « ne vous refusez rien ».

Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.

La présente faisant valoir ce que de droit.

 

Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

 

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

 

_____________________________________

Sources et liens cités dans l’appel :
(1) www.seductionbykamal.com
(2) www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3) http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4) www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5) www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6) www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7) www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8) www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9) www.legifrance.gouv.fr

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Nous devons affronter la question de la prostitution : pas comme une question à débattre mais comme question de vie ou de mort. – Andrea Dworkin

Les circonstances n’atténuent pas, ne modifient pas ce qu’est la prostitution. – Andrea Dworkin

Que la personne prostituée soit « consentante » ou non, les violences qu’elle subit sont inscrites au cœur même de la dynamique prostitutionnelle, indépendamment des modalités de son exercice. – Richard Poulin

La présence de troubles de la conscience de soi et du vécu corporel que nous appellerons décorporalisation, troubles générés par la situation prostitutionnelle elle-même (c’est-à-dire l’acte sexuel contre de l’argent, effectué de manière répétée et régulière), et non par les conditions dans lesquelles cette situation se déroule.Judith Trinquart

La prostitution est un fait social, un phénomène de société, et non pas la simple congruence de destins individuels. – Judith Trinquart

Il y a juste un détail oublié dans cette interprétation du libéralisme très patriarcal (celui qui dit : “enrichis-toi, tu iras au Paradis”) : si je m’affirme haut et fort comme libre, le reste de la société n’existe plus. Ainsi, de projet de société il n’y a plus, il n’y a plus que des individu-e-s en concurrence pour imposer leur liberté individuelle : c’est la loi du plus fort qui s’instaure. – Sandrine Goldschmidt

Que ceux qui défendent la prostitution comme un moyen inévitable de boucler les fins de mois médiatisent avec autant d’entrain le DON simple et gratuit aux prostituées, aux ados en rupture familiale ! – Emelire

ON N’A PAS SON CORPS, ON EST SON CORPS et non un objet, un instrument, séparé de l’être, qu’on peut vendre, louer, abandonner, ou garder pour soi, mais l’être même. ON NE S’APPARTIENT PAS, ON EST. – Annie Mignard

Comme si l’intégration de fait dans le circuit économique en supprimait le scandale, […] dédouanait moralement un crime contre l’humanité. – Annie Mignard

Avec le terme consentement, d’une part la responsabilité de l’oppresseur est annulée, d’autre part la conscience de l’opprimé(e) est promue au rang de conscience libre. – Nicole-Claude Mathieu

Après avoir été valorisé comme un moyen de défense contre le pouvoir des plus forts et avoir été considéré comme l’expression de l’autonomie personnel, le consentement se transforme en un moyen d’oppression servant à justifier des attitudes violentes et possessives qui tirent parti des fragilités et des failles des êtres humains. – Michela Marzano

Le consentement n’est pas un choix. Il est une réponse à une situation, pas une affirmation. – Rhéa Jean

Je veux que vous lisiez et compreniez cela : nous sommes rendues sous-humaines quand vous refermez des portes sur toute la violence et tout l’avilissement faits aux personnes prostituées. – Rebecca Mott

Se contenter de ne voir que la dimension individuelle équivaut à éviter tout changement réel et à fermer les yeux sur la réalité que le commerce du sexe est fondé sur la torture et le gynocide. – Rebecca Mott

Tous les prostitueurs sont des violeurs, tous les prostitueurs font des personnes prostituées des marchandises. – Rebecca Mott

Comment avons-nous pu laisser une industrie dont l’essence est de vendre des corps humains vivants, respirant, sentant, au sang chaud, comme des objets, pour être utilisés pour notre gratification, puis jetés en faveur du prochain corps, nous contrôler si profondément, nous laver le cerveau si complètement que nous parlons uniquement en termes de fantasme, de liberté d’expression, de choix, et jamais de l’humanité des femmes que nous regardons dans les yeux ? – Angel K.

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Le consentement ne s’achète pas.

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J’ai décidé d’écrire cet article suite à quelques thèmes de recherche qui conduisent certaines personnes sur mon blog, comme par exemple « viol je n’ai pas dit non ». On ressent nettement la culpabilité qui ressort de ces quelques mots et ça m’a pincé le cœur de me rendre compte que cette personne n’avait sûrement pas eu les réponses qu’elle cherchait ici.

Dans la loi, le viol est défini comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.23 du Code Pénal). L’agression sexuelle est définie comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.22). Le second se distingue du premier par la pénétration, que celle-ci soit vaginale, anale ou buccale et que ce soit le fait d’un pénis ou d’une autre partie du corps (comme les doigts), mais aussi d’un objet.

Bien que l’agression sexuelle soit un délit, cela est grave. Mon avis personnel est que la limite, quant à la qualification d’une agression en délit ou en crime, est mal jugée. Les conséquences peuvent être extrêmement graves dans le cas des agressions sexuelles. Ce que je cherche à démontrer ici, c’est que si vous avez été victime d’agression sexuelle, il ne faut pas « dévaloriser » votre souffrance. Celle-ci doit réellement être prise en compte.

Autre point important : la très grande majorité des victimes (je n’ose pas dire toutes) ressentent honte et culpabilité et cela, quelque soit le type/déroulement/contexte de l’agression (j’utilise désormais le mot agression pour tout type d’agression sexuelle y compris le viol). Cela signifie que si vous vous sentez coupable parce que vous n’avez pas crié par exemple, d’autres personnes qui ont crié ressentent également cette honte/culpabilité. Ainsi, la culpabilité n’est pas de votre fait. Je pense que c’est plutôt lié à « l’idée » qu’on se fait d’un viol et au fait que cette idée ne corresponde pas à ce que l’on a vécu. Nombreuses sont les victimes qui réalisent ce qui s’est passé des mois voire des années plus tard.

Peut-être vous sentez-vous coupable parce que vous n’avez pas dit non, vous n’avez pas insisté, vous ne vous êtes pas débattu-e, ou vous pensez que vous ne l’avez pas assez fait, parce que vous vous sentiez paralysé-e, parce que vous étiez dans une totale confusion, etc. ; ou bien vous vous sentez coupable parce que vous le connaissiez, ou que vous ne le connaissiez pas, parce que vous avez flirté, parce que vous avez bu. Il existe tout un tas de « raisons » pour lesquelles vous vous sentez coupable. Mais ça ne doit pas être le cas. L’important ce n’est pas ce que vous avez fait ou pas fait, ce n’est pas votre comportement antérieur ou votre réaction face à l’agression qui déterminent si c’est un viol ou pas, si c’est de votre faute ou pas.

La science actuelle permet notamment de comprendre les réactions des victimes face à une agression : lors d’un évènement traumatique, face à une grande montée d’angoisse, de peur, le cerveau va disjoncter ce qui va entraîner une paralysie de la victime. Ce mécanisme va également avoir pour conséquence de ne pas intégrer l’évènement en tant que souvenir, ce qui va expliquer les amnésies ou les désordres spatio-temporels. De plus, une mémoire traumatique se met en place et va affecter la vie de la victime (insomnies, angoisses…). Pour plus de détails, voici quelques sites : Stop aux violences (explications du Dr Salmona et vidéo), Mémoire traumatique et victimologie, Pas de justice, pas de paix – traumas.

La philosophe Susan J. Brison explique, dans son témoignage Après le viol, que la culpabilité qu’on peut ressentir est une façon de garder une vision logique du monde. En effet, vivre un tel évènement n’est pas normal, personne n’y est préparée (étant donné les mythes répandus sur le viol, on ne peut y être que mal préparé) et renverser la responsabilité d’un tel acte sur soi-même est une façon de préserver la logique d’un monde : « tant que tu suis les règles, il ne t’arrivera rien ». C’est notamment ce type de raisonnement qui amplifie la valeur accordée aux mythes.

Il faut donc se débarrasser d’une culpabilité et d’une honte qui devraient être portées par l’agresseur. Le regard de la société doit changer. Ce qui doit être pris en compte, ce n’est pas l’expression ou non d’un consentement biaisé par l’environnement ou la stratégie de l’agresseur (voir les très bons articles de Sandrine Goldschmidt sur la présomption de consentement et ), mais bien le comportement de ce dernier. C’est lui qui agit par contrainte, violence, menace ou surprise.

BinKa explique cette notion de comportement de l’agresseur Vs consentement de la victime ; A. Ginva propose, dans un commentaire à cet article (à lire aussi ici), de se poser ces questions :

Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour s’assurer, au delà du moindre doute, que si elle ne désirait pas tel acte, elle puisse le faire cesser immédiatement?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment, elle désirait pleinement les actes et qu’elle accepte en toute conscience?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment toutes les conditions soient présentes pour que le « oui » ne soit pas extorqué par la contrainte ou le sentiment d’obligation chez la partenaire? (Ceci exclut d’emblée tout rapport de hiérarchie, les drogues, l’alcool, un état de faiblesse morale ou physique chez la victime, et autres contre-indications).

En effet, dû à notre société actuelle, à l’ambiance générale qui règne autour de nous (publicité, pornographie…), nous intégrons plus ou moins inconsciemment que « l’homme propose, la femme dispose », c’est-à-dire une sexualité féminine d’abord soumise à la sexualité masculine. D’où le fait, qu’encore aujourd’hui, certains croient qu’on ne peut pas violer son épouse ; d’où le fait, que certaines personnes insistent pour obtenir un acte sexuel alors que toute vraie relation sexuelle est la rencontre de deux désirs. Ainsi, face à un tel schéma qui est plus ou moins intégré par les femmes, celles-ci peuvent « céder » sans qu’il y ait une quelconque violence. Mais, si on a l’impression de « céder », c’est bien parce que l’envie n’y ait pas, c’est bien parce qu’il y a eu une forme de contrainte, quelqu’elle soit. Cette situation est caractérisée comme un viol.

Je ne cherche pas à dire : il faut absolument que vous considérez vos relations correspondant à ces descriptions comme des viols, car un viol mérite d’être puni, un violeur doit aller en prison. Ce qui est important c’est de mettre un mot sur votre souffrance pour pouvoir la comprendre mais aussi, mettre les protagonistes à leur vraie place : dans un viol, il y a un agresseur et une victime. Et vous êtes la victime. Je pense que c’est un premier pas pour faire disparaître ce sentiment de culpabilité. Le mot victime n’est pas un gros mot ; le mot victime ne vous enferme pas dans une définition, une identité de laquelle vous ne pouvez pas sortir. C’est un mot pour signifier qu’on a porté atteinte à une personne, que celle-ci n’est pas responsable de ce qui lui est arrivé et qu’il est donc tout à fait normal qu’elle en ressente un certain mal-être.

Pour terminer, j’aimerais mettre ce site en lien où vous pouvez trouver diverses explications et surtout, des témoignages (souvent utiles quand on veut comparer son vécu pour savoir « si c’est bien un viol ») et la possibilité d’échanger avec une professionnelle qui peut vous aider dans votre parcours de victime : www.sosfemmes.com

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