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Posts Tagged ‘objétisation’

J’avais déjà abordé ce point ici : la stratégie de l’agresseur permet de définir s’il y a viol en dehors de l’analyse du ressenti et des réactions de la victime. Il s’agit de pointer la pensée, le but et les comportements de l’agresseur qui démontrent ainsi sa volonté de passer outre le désir de l’autre, sa victime. Néanmoins, le terme de « stratégie » me dérange car il implique une sorte de préméditation du crime, une sorte de perversité qui exclurait bon nombres d’agresseurs. C’est pourquoi, je préfère parler de comportement de l’agresseur. J’aimerais expliciter cette notion à travers ce que j’analyse de mon vécu ou de celui d’autres personnes.

Ainsi, je vois une première catégorie d’agresseurs. A celle-ci, j’applique volontiers le terme de « stratégie ». Ce sont, pour moi, les individus décidant consciemment de dominer autrui et qui y tirent du plaisir. L’une de mes amies m’a récemment confié un propos qu’avait tenu un ex-compagnon. Un matin, il lui a dit : « Tu as senti ? Je t’ai fait l’amour cette nuit. » Ici, il est clairement spécifié que, malgré l’emploi du mot « amour », c’est un viol où l’agresseur a utilisé le corps inconscient d’une autre personne pour son désir personnel : la victime est consciemment objétisée puisqu’elle « n’était pas là », elle n’était pas consciente et donc consentante. L’agresseur a donc parfaitement conscience de ce qu’il a fait. De plus, il en fait part à la victime. Il le dit d’une manière enrobée, mais comment ne pas y voir une seconde façon de rabaisser la victime ? Il lui dit ici qu’il a conscience de ce qu’il a fait, tout en lui faisant croire que c’était normal (« faire l’amour ») et attend sa réaction. A mon avis, il a tiré plaisir de voir la souffrance, la soumission et surtout le trouble que cela doit engendré dans l’esprit de la victime, trouble résultant de la manipulation de l’agresseur. En effet, mon amie vivait une relation abusive, violente, et l’homme en question a su instaurer un climat d’insécurité et de parfaite soumission de la victime qui n’a plus conscience de ses droits. Quand elle m’a raconté cette histoire, elle n’imaginait pas que c’était un viol, parce qu’elle n’avait rien fait, rien objecté. Mais comment le pouvait-elle ? L’agresseur avait clairement une stratégie pour abuser (pas uniquement sexuellement) quotidiennement de sa victime.

Je perçois une deuxième catégorie d’agresseurs où la domination semble moins consciente. C’est dans celle-ci que je placerais mon agresseur principal. Ce n’est que longtemps après avoir admis le viol, longtemps après avoir tout décortiqué, que j’ai réalisé que mon agresseur avait également une « stratégie ». Il m’est venu à l’esprit que mon agresseur avait envie de « baiser ». Peu importe avec qui et comment, ce qu’il voulait, c’était baiser. Alors, oui, il a eu un comportement d’agresseur en faisant fi de mes maigres protestations, mais là où je vois le véritable agresseur, c’est dans son égoïsme. C’est cet égoïsme-là, la prise en compte de son seul désir, sans prendre en considération la personne en face, qui l’a poussé au viol. Je ne parle pas ici de pulsions sexuelles (qui n’existent pas), juste d’une image de la sexualité tellement centrée sur son désir et incluant la libre disposition du corps des femmes qu’elle est violente en soi. La sexualité de cet individu est violente. J’étais là, c’était pas de bol pour moi. Y aurait-il eu une autre fille, une fille désirant cette relation, il n’y aurait peut-être pas eu de viol mais sa sexualité à lui resterait tout aussi violente.

Je ne me veux pas exhaustive et aucune pensée n’est aboutie, mais je pense que la plupart des viols correspondent à l’une de ces catégories. C’est en tout cas ainsi que je voyais les choses jusqu’à être confrontée à d’autres types de « rapports sexuels » que je définis également comme violents. J’ai trois cas en tête : celui d’une jeune fille de 16 ans, saoule, entamant d’elle-même une fellation à un jeune homme plus âgé de quelques années et qui porte plainte pour viol peu après ; celui d’une autre jeune fille ayant également pratiqué une fellation à son (premier) copain parce qu’elle pensait que c’était ainsi qu’elle devait se comporter ; et enfin, mon propre cas où, n’ayant aucune sexualité car totalement déconnectée de mon corps, j’ai consciemment provoqué des rapports sexuels afin d’être « normale ». Pour les deux premiers cas, je n’ai pas plus d’informations que celles données ici. Peut-être qu’avec plus d’informations, on pourrait établir une « stratégie » de l’agresseur : l’homme avait-il demandé, insisté, laissé entendre que la fille devait lui faire une fellation ? Mais même sans cela, dans ces trois cas, j’y vois deux choses. La première est la pression sociale que subissent les femmes pour être sexuellement disponibles : « je dois faire ça », « on attend ça de moi », « sans ça, je suis anormale/coincée/autre ». Et ceci me cause un problème : comment avoir une sexualité libre si on se sent obligé-e de dire oui ? Si, ce qui pèse dans la balance n’est pas seulement notre envie mais aussi cette sensation du « devoir » ? La seconde chose qui me pose problème est la responsabilité du partenaire sexuel. Compte-tenu de sa position dominante (d’homme sur femme), ne devrait-il pas s’assurer du consentement enthousiaste de sa partenaire ? Ne doit-il pas tenter d’annuler la pression que la société fait peser sur les femmes par un comportement responsable ? Et, si on part de cette idée, qu’en est-il de sa responsabilité dans un rapport qui a dégouté la femme ? Pour ces femmes, sans que cela soit considéré comme un viol, elles ont vécu leur expérience comme une violence : une relation sexuelle n’est pas censée vous dégouter, vous dégouter de vous-même.  Alors, peut-on considérer qu’il existe des viols sans violeur ?

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Un petit coup de gueule pour aujourd’hui.

Je suis rarement malade, je me suis faite opérer une seule fois dans ma vie et, donc, j’ai connu que très peu de médecins différents. Les seuls que je vois régulièrement sont mon médecin traitant et ma gynécologue ; toutes les deux sont des femmes. La seconde est très sympathique, elle te met facilement à l’aise, ce qui est assez idéal pour un gynécologue (ma 1ère gynéco était d’ailleurs assez froide et je n’y suis jamais retournée). Quant à la première, j’avoue que je ne l’aime pas trop. Parfois j’ai l’impression qu’elle en a un peu marre que des patients viennent la voir à la chaîne, mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle est méprisante. Ce qui est dérangeant c’est qu’on est censé avoir une relation de confiance avec son médecin. J’ai même entendu dire qu’un bon médecin est celui qui est toujours en retard car il prend le temps de discuter avec ses patients. J’aillais dire que cette confiance était paradoxale avec le statut même du médecin qui lui confère un certain « pouvoir », mais en fait c’est tout à fait logique, on lui fait confiance pour qu’il n’abuse justement pas de sa position.

Là où je veux en venir c’est que lorsqu’on est face à un médecin homme, on est face à une double domination, en tant que femme. Le médecin décide ou non d’abuser de sa double position dominante, et beaucoup sont sûrement tout à fait respectueux, mais je me demande s’il n’y a pas plus de risques. Le métier de médecin est plutôt valorisé (idéologiquement parlant) ce qui peut entraîner un certain dédain pour nous autres, pauvres mortels, à quoi se rajoute l’éducation genrée qui peut causer un certains mépris des femmes (jusqu’à l’objétisation) ou bien une survalorisation de leur « être ».

J’ai du rencontrer 2 médecins de ce genre (3 si on étend le terme de médecin aux psychologues). Le premier quand j’avais 15 ans et le second, ce matin même (d’où mon petit coup de gueule, faut bien que j’évacue un peu de mon énervement).

Pour le premier, c’était assez horrible quand j’y repense. Il a été très très méprisant avec ma mère et moi, peut-être à cause d’une petite erreur de planning (faut bien lui trouver des excuses), puis insultant quand il m’a traitée de « grand-mère » quand j’ai ouvert la bouche pour l’auscultation (j’ai rien contre les grands-mères, mais c’est assez déstabilisant de se faire parler de cette manière) et enfin, il m’a « palpé » les seins. Même si j’ai encore quelques doutes aujourd’hui, je ne crois pas qu’il avait à faire ça : ce n’était qu’un anesthésiste et c’était pour une opération des dents de sagesse. Le côté positif, c’est que même si c’en était une, je n’ai jamais vécu ça comme une agression. C’était un médecin, je ne me posais pas de questions pour savoir si c’était normal ou pas, même si, en soi, j’ai été assez étonnée voire dérangée. Et ce qui m’agace, c’est ça : ne pas se faire confiance, à soi, à son corps et à ce qu’on ressent, passé outre ses émotions parce que c’est un médecin. Je déteste le statut quasi-divin qu’un patient peut donner à son médecin parce que c’est lui qui peut te guérir, parce qu’il sait tout mieux que toi, parce qu’on est censé lui faire confiance. J’imagine assez mal poser des questions à chaque mouvement du médecin, mais peut-être qu’on devrait, c’est notre corps après tout. On devrait comprendre chaque manipulation que quelqu’un lui fait.

Après quelques années où je suis, entre autre, devenue féministe et où j’ai appris à me faire confiance et à écouter mon corps (même si ce n’est pas parfait), je suis encore tombée sur un médecin méprisant. Un accueil des plus chaleureux. J’ai l’ai tout de suite senti antipathique. Une façon de me poser des questions et de faire quelques remarques qui n’était pas très plaisante. Mébon, passons. Vient le moment où je me déshabille et où il me regarde de tous les côtés pour voir si je me tiens droite. Le moment où je vois ses yeux s’attarder sur un de mes seins, rrrrrh… Mébon, passons. Ensuite, rien de bien notable, mais par 2 fois, il me dit « vous êtes pas mal ». C’est bien sûr à comprendre dans le sens « tout va bien chez vous, vous êtes plutôt en bonne santé, rien ne cloche ». Mais je ne peux pas ignorer cette phrase à double sens ; et je sais très bien comment le langage peut-être un outils de domination et comment il peut être manipulé pour satisfaire les petits désirs machistes de certains. Et même si je le sais, si j’ai senti ça chez ce médecin, je peux rien dire, rien faire à part m’énerver intérieurement contre lui. Sinon, les gens croiraient que je suis hystérique.

Ah, et je n’aime pas les pharmaciens non plus.

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Nous devons affronter la question de la prostitution : pas comme une question à débattre mais comme question de vie ou de mort. – Andrea Dworkin

Les circonstances n’atténuent pas, ne modifient pas ce qu’est la prostitution. – Andrea Dworkin

Que la personne prostituée soit « consentante » ou non, les violences qu’elle subit sont inscrites au cœur même de la dynamique prostitutionnelle, indépendamment des modalités de son exercice. – Richard Poulin

La présence de troubles de la conscience de soi et du vécu corporel que nous appellerons décorporalisation, troubles générés par la situation prostitutionnelle elle-même (c’est-à-dire l’acte sexuel contre de l’argent, effectué de manière répétée et régulière), et non par les conditions dans lesquelles cette situation se déroule.Judith Trinquart

La prostitution est un fait social, un phénomène de société, et non pas la simple congruence de destins individuels. – Judith Trinquart

Il y a juste un détail oublié dans cette interprétation du libéralisme très patriarcal (celui qui dit : “enrichis-toi, tu iras au Paradis”) : si je m’affirme haut et fort comme libre, le reste de la société n’existe plus. Ainsi, de projet de société il n’y a plus, il n’y a plus que des individu-e-s en concurrence pour imposer leur liberté individuelle : c’est la loi du plus fort qui s’instaure. – Sandrine Goldschmidt

Que ceux qui défendent la prostitution comme un moyen inévitable de boucler les fins de mois médiatisent avec autant d’entrain le DON simple et gratuit aux prostituées, aux ados en rupture familiale ! – Emelire

ON N’A PAS SON CORPS, ON EST SON CORPS et non un objet, un instrument, séparé de l’être, qu’on peut vendre, louer, abandonner, ou garder pour soi, mais l’être même. ON NE S’APPARTIENT PAS, ON EST. – Annie Mignard

Comme si l’intégration de fait dans le circuit économique en supprimait le scandale, […] dédouanait moralement un crime contre l’humanité. – Annie Mignard

Avec le terme consentement, d’une part la responsabilité de l’oppresseur est annulée, d’autre part la conscience de l’opprimé(e) est promue au rang de conscience libre. – Nicole-Claude Mathieu

Après avoir été valorisé comme un moyen de défense contre le pouvoir des plus forts et avoir été considéré comme l’expression de l’autonomie personnel, le consentement se transforme en un moyen d’oppression servant à justifier des attitudes violentes et possessives qui tirent parti des fragilités et des failles des êtres humains. – Michela Marzano

Le consentement n’est pas un choix. Il est une réponse à une situation, pas une affirmation. – Rhéa Jean

Je veux que vous lisiez et compreniez cela : nous sommes rendues sous-humaines quand vous refermez des portes sur toute la violence et tout l’avilissement faits aux personnes prostituées. – Rebecca Mott

Se contenter de ne voir que la dimension individuelle équivaut à éviter tout changement réel et à fermer les yeux sur la réalité que le commerce du sexe est fondé sur la torture et le gynocide. – Rebecca Mott

Tous les prostitueurs sont des violeurs, tous les prostitueurs font des personnes prostituées des marchandises. – Rebecca Mott

Comment avons-nous pu laisser une industrie dont l’essence est de vendre des corps humains vivants, respirant, sentant, au sang chaud, comme des objets, pour être utilisés pour notre gratification, puis jetés en faveur du prochain corps, nous contrôler si profondément, nous laver le cerveau si complètement que nous parlons uniquement en termes de fantasme, de liberté d’expression, de choix, et jamais de l’humanité des femmes que nous regardons dans les yeux ? – Angel K.

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Le consentement ne s’achète pas.

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On a tout-e-s vécu, en tant que femme, les sifflements, les rires gras, les blagues vaseuses ou les interpellations chargées de « compliments » dans la rue.

Je me rappelle, quand j’étais plus jeune, je me sentais surtout flattée, ou même j’enviais celles qui me racontaient ce genre de choses. Mais, après quelques années, après avoir vécu en ville et y avoir droit quasiment tous les jours, ça en devient lassant. C’est même plus que ça, on en a juste pas envie. Quand on passe devant un chantier, on redoute les sifflements. Parfois, souvent pour certain-e-s, on la joue cool, sympa, « oh merci », pas parce qu’on est touché-e ou parce qu’on le pense, mais pour éviter les ennuis. Si on leur crie un nom d’oiseau, ils risquent bien de surenchérir voire d’être bien plus violent (en tout cas on en a peur, qu’ils le fassent ou pas). Si on ne dit rien, alors on est une « salope méprisante ». Même quand on dit merci, on peut aussi être cataloguée de « salope » : bah oui, en nous « complimentant », ils nous donnent du pouvoir (sexuel?), alors il faut vite nous remettre à notre place. Bref, on a tout faux.

Un soir, en marchant dans la rue avec des ami-e-s, et sortant d’une soirée, je me suis trouvée inspirée et j’ai agi de la même manière que ces « dragueurs de rue » envers des hommes. Aucun n’a réagi, aucun ne m’a parlé et tout le monde m’a fui (et ils avaient bien raison). Peut-être qu’ils m’ont juste pris pour une fille saoule, mais je pense qu’ils ne voulaient juste pas être dérangés.

Moi ça me dérange quand on m’accoste dans la rue (pas pour me demander le chemin, on est bien d’accord). Que je sois pressée ou pas, certains ne me demandent pas gentiment que je leur offre un peu de mon temps, non, ils l’exigent ! Parce que je dois répondre : « Allez quoi, c’est pour faire connaissance, on est sympa! »

Franchement, ces gens-là croient-il réellement qu’ils ont une seule petite chance de « faire connaissance » avec la femme qu’ils interpellent ? Non bien sûr que non. Du moins pas avec un tel comportement. Est-ce qu’ils croient vraiment qu’on va leur sauter dessus parce qu’ils nous auront dit bonjour ?

Alors quelles sont leurs intentions ? Sûrement, se réserver l’espace public qui est la rue mais aussi la parole, puisque quoi qu’on dise, rien ne les satisfait. Je pense qu’ils tirent plaisir (généralement, ça les fait rire) à se sentir en position dominante ; ils savent qu’ils nous rabaissent en nous accostant ainsi dans la rue, qu’on ne peut rien dire ou pire, qu’on doit les remercier, ce qui est un comble ! Car c’est aussi s’approprier notre corps. Parce qu’après tout, c’est notre corps qu’ils scrutent et qu’ils jugent, comme si nous n’étions que ça. En public, nous ne sommes que ça. Notre personnalité, on s’en fout ; notre volonté, aussi.

Parce que quand on répond « oui vous me dérangez ; non, je ne veux pas vous parler/faire connaissance/que vous marchiez avec moi dans la rue », ils ne l’acceptent pas, continuent leur monologue et à nous suivre.

Alors zut, je ne jouerai plus à ce jeu-là. Je ne dirai plus merci. Je ne sourirai plus histoire d’être « sympa ». Je ne gaspillerai pas mon temps. Et je ferai bien comprendre que quand je dis non, c’est non.

Je me réapproprie la rue qui m’appartient de droit.

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J’ai décidé d’écrire cet article suite à quelques thèmes de recherche qui conduisent certaines personnes sur mon blog, comme par exemple « viol je n’ai pas dit non ». On ressent nettement la culpabilité qui ressort de ces quelques mots et ça m’a pincé le cœur de me rendre compte que cette personne n’avait sûrement pas eu les réponses qu’elle cherchait ici.

Dans la loi, le viol est défini comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.23 du Code Pénal). L’agression sexuelle est définie comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise » (art. 222.22). Le second se distingue du premier par la pénétration, que celle-ci soit vaginale, anale ou buccale et que ce soit le fait d’un pénis ou d’une autre partie du corps (comme les doigts), mais aussi d’un objet.

Bien que l’agression sexuelle soit un délit, cela est grave. Mon avis personnel est que la limite, quant à la qualification d’une agression en délit ou en crime, est mal jugée. Les conséquences peuvent être extrêmement graves dans le cas des agressions sexuelles. Ce que je cherche à démontrer ici, c’est que si vous avez été victime d’agression sexuelle, il ne faut pas « dévaloriser » votre souffrance. Celle-ci doit réellement être prise en compte.

Autre point important : la très grande majorité des victimes (je n’ose pas dire toutes) ressentent honte et culpabilité et cela, quelque soit le type/déroulement/contexte de l’agression (j’utilise désormais le mot agression pour tout type d’agression sexuelle y compris le viol). Cela signifie que si vous vous sentez coupable parce que vous n’avez pas crié par exemple, d’autres personnes qui ont crié ressentent également cette honte/culpabilité. Ainsi, la culpabilité n’est pas de votre fait. Je pense que c’est plutôt lié à « l’idée » qu’on se fait d’un viol et au fait que cette idée ne corresponde pas à ce que l’on a vécu. Nombreuses sont les victimes qui réalisent ce qui s’est passé des mois voire des années plus tard.

Peut-être vous sentez-vous coupable parce que vous n’avez pas dit non, vous n’avez pas insisté, vous ne vous êtes pas débattu-e, ou vous pensez que vous ne l’avez pas assez fait, parce que vous vous sentiez paralysé-e, parce que vous étiez dans une totale confusion, etc. ; ou bien vous vous sentez coupable parce que vous le connaissiez, ou que vous ne le connaissiez pas, parce que vous avez flirté, parce que vous avez bu. Il existe tout un tas de « raisons » pour lesquelles vous vous sentez coupable. Mais ça ne doit pas être le cas. L’important ce n’est pas ce que vous avez fait ou pas fait, ce n’est pas votre comportement antérieur ou votre réaction face à l’agression qui déterminent si c’est un viol ou pas, si c’est de votre faute ou pas.

La science actuelle permet notamment de comprendre les réactions des victimes face à une agression : lors d’un évènement traumatique, face à une grande montée d’angoisse, de peur, le cerveau va disjoncter ce qui va entraîner une paralysie de la victime. Ce mécanisme va également avoir pour conséquence de ne pas intégrer l’évènement en tant que souvenir, ce qui va expliquer les amnésies ou les désordres spatio-temporels. De plus, une mémoire traumatique se met en place et va affecter la vie de la victime (insomnies, angoisses…). Pour plus de détails, voici quelques sites : Stop aux violences (explications du Dr Salmona et vidéo), Mémoire traumatique et victimologie, Pas de justice, pas de paix – traumas.

La philosophe Susan J. Brison explique, dans son témoignage Après le viol, que la culpabilité qu’on peut ressentir est une façon de garder une vision logique du monde. En effet, vivre un tel évènement n’est pas normal, personne n’y est préparée (étant donné les mythes répandus sur le viol, on ne peut y être que mal préparé) et renverser la responsabilité d’un tel acte sur soi-même est une façon de préserver la logique d’un monde : « tant que tu suis les règles, il ne t’arrivera rien ». C’est notamment ce type de raisonnement qui amplifie la valeur accordée aux mythes.

Il faut donc se débarrasser d’une culpabilité et d’une honte qui devraient être portées par l’agresseur. Le regard de la société doit changer. Ce qui doit être pris en compte, ce n’est pas l’expression ou non d’un consentement biaisé par l’environnement ou la stratégie de l’agresseur (voir les très bons articles de Sandrine Goldschmidt sur la présomption de consentement et ), mais bien le comportement de ce dernier. C’est lui qui agit par contrainte, violence, menace ou surprise.

BinKa explique cette notion de comportement de l’agresseur Vs consentement de la victime ; A. Ginva propose, dans un commentaire à cet article (à lire aussi ici), de se poser ces questions :

Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour s’assurer, au delà du moindre doute, que si elle ne désirait pas tel acte, elle puisse le faire cesser immédiatement?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment, elle désirait pleinement les actes et qu’elle accepte en toute conscience?
Quelles mesures concrètes [l’agresseur a-t-il] mis en place pour [s’]assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment toutes les conditions soient présentes pour que le « oui » ne soit pas extorqué par la contrainte ou le sentiment d’obligation chez la partenaire? (Ceci exclut d’emblée tout rapport de hiérarchie, les drogues, l’alcool, un état de faiblesse morale ou physique chez la victime, et autres contre-indications).

En effet, dû à notre société actuelle, à l’ambiance générale qui règne autour de nous (publicité, pornographie…), nous intégrons plus ou moins inconsciemment que « l’homme propose, la femme dispose », c’est-à-dire une sexualité féminine d’abord soumise à la sexualité masculine. D’où le fait, qu’encore aujourd’hui, certains croient qu’on ne peut pas violer son épouse ; d’où le fait, que certaines personnes insistent pour obtenir un acte sexuel alors que toute vraie relation sexuelle est la rencontre de deux désirs. Ainsi, face à un tel schéma qui est plus ou moins intégré par les femmes, celles-ci peuvent « céder » sans qu’il y ait une quelconque violence. Mais, si on a l’impression de « céder », c’est bien parce que l’envie n’y ait pas, c’est bien parce qu’il y a eu une forme de contrainte, quelqu’elle soit. Cette situation est caractérisée comme un viol.

Je ne cherche pas à dire : il faut absolument que vous considérez vos relations correspondant à ces descriptions comme des viols, car un viol mérite d’être puni, un violeur doit aller en prison. Ce qui est important c’est de mettre un mot sur votre souffrance pour pouvoir la comprendre mais aussi, mettre les protagonistes à leur vraie place : dans un viol, il y a un agresseur et une victime. Et vous êtes la victime. Je pense que c’est un premier pas pour faire disparaître ce sentiment de culpabilité. Le mot victime n’est pas un gros mot ; le mot victime ne vous enferme pas dans une définition, une identité de laquelle vous ne pouvez pas sortir. C’est un mot pour signifier qu’on a porté atteinte à une personne, que celle-ci n’est pas responsable de ce qui lui est arrivé et qu’il est donc tout à fait normal qu’elle en ressente un certain mal-être.

Pour terminer, j’aimerais mettre ce site en lien où vous pouvez trouver diverses explications et surtout, des témoignages (souvent utiles quand on veut comparer son vécu pour savoir « si c’est bien un viol ») et la possibilité d’échanger avec une professionnelle qui peut vous aider dans votre parcours de victime : www.sosfemmes.com

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L’importance des mots, encore.

Certains ont beau critiquer la disparition administrative du Mademoiselle ou l’idée de revenir à la règle de proximité, les mots créent pourtant une réalité. Ils sont l’une des bases de la formation des mentalités. Si l’on veut qu’une femme ne meure plus tous les trois jours sous les coups de son compagnon, alors une réforme de la langue française doit être prise en compte sérieusement. Il ne s’agit pas de futilités, mais bien de mentalités.

 

On appelle couramment l’épouse d’un homme : « sa femme ». Moins souvent, l’époux d’une femme : « son homme ».

Ici, « sa femme » est synonyme de « son épouse », mais « son homme » relève plus de la possession avant d’être un statut marital. Premièrement,  la femme est une fois de plus rendue invisible sous un statut. Ensuite, un homme peut posséder un sexe.

J’ignore si, dans les cérémonies de mariage, les maires disent « je vous déclare mari et femme », mais je trouve cette expression plutôt dangereuse. L’amalgame est toujours fait entre le sexe féminin et le statut d’épouse, et cet amalgame renforce l’idée qu’un mari peut « posséder » son épouse, parce que c’est une femme, sa femme.

 

Le combat pour une langue française plus égalitaire est donc loin d’être terminé.

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