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Qu’est-ce que le viol ?

J’ai décidé d’écrire cet article suite à quelques thèmes de recherche qui conduisent certaines personnes sur mon blog, comme par exemple “viol je n’ai pas dit non”. On ressent nettement la culpabilité qui ressort de ces quelques mots et ça m’a pincé le cœur de me rendre compte que cette personne n’avait sûrement pas eu les réponses qu’elle cherchait ici.

Dans la loi, le viol est défini comme “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise” (art. 222.23 du Code Pénal). L’agression sexuelle est définie comme “toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise” (art. 222.22). Le second se distingue du premier par la pénétration, que celle-ci soit vaginale, anale ou buccale et que ce soit le fait d’un pénis ou d’une autre partie du corps (comme les doigts), mais aussi d’un objet.

Bien que l’agression sexuelle soit un délit, cela est grave. Mon avis personnel est que la limite, quant à la qualification d’une agression en délit ou en crime, est mal jugée. Les conséquences peuvent être extrêmement graves dans le cas des agressions sexuelles. Ce que je cherche à démontrer ici, c’est que si vous avez été victime d’agression sexuelle, il ne faut pas “dévaloriser” votre souffrance. Celle-ci doit réellement être prise en compte.

Autre point important : la très grande majorité des victimes (je n’ose pas dire toutes) ressentent honte et culpabilité et cela, quelque soit le type/déroulement/contexte de l’agression (j’utilise désormais le mot agression pour tout type d’agression sexuelle y compris le viol). Cela signifie que si vous vous sentez coupable parce que vous n’avez pas crié par exemple, d’autres personnes qui ont crié ressentent également cette honte/culpabilité. Ainsi, la culpabilité n’est pas de votre fait. Je pense que c’est plutôt lié à “l’idée” qu’on se fait d’un viol et au fait que cette idée ne corresponde pas à ce que l’on a vécu. Nombreuses sont les victimes qui réalisent ce qui s’est passé des mois voire des années plus tard.

Peut-être vous sentez-vous coupable parce que vous n’avez pas dit non, vous n’avez pas insisté, vous ne vous êtes pas débattu-e, ou vous pensez que vous ne l’avez pas assez fait, parce que vous vous sentiez paralysé-e, parce que vous étiez dans une totale confusion, etc. ; ou bien vous vous sentez coupable parce que vous le connaissiez, ou que vous ne le connaissiez pas, parce que vous avez flirté, parce que vous avez bu. Il existe tout un tas de “raisons” pour lesquelles vous vous sentez coupable. Mais ça ne doit pas être le cas. L’important ce n’est pas ce que vous avez fait ou pas fait, ce n’est pas votre comportement antérieur ou votre réaction face à l’agression qui déterminent si c’est un viol ou pas, si c’est de votre faute ou pas.

La science actuelle permet notamment de comprendre les réactions des victimes face à une agression : lors d’un évènement traumatique, face à une grande montée d’angoisse, de peur, le cerveau va disjoncter ce qui va entraîner une paralysie de la victime. Ce mécanisme va également avoir pour conséquence de ne pas intégrer l’évènement en tant que souvenir, ce qui va expliquer les amnésies ou les désordres spatio-temporels. De plus, une mémoire traumatique se met en place et va affecter la vie de la victime (insomnies, angoisses…). Pour plus de détails, voici quelques sites : Stop aux violences (explications du Dr Salmona et vidéo), Mémoire traumatique et victimologie, Pas de justice, pas de paix – traumas.

La philosophe Susan J. Brison explique, dans son témoignage Après le viol, que la culpabilité qu’on peut ressentir est une façon de garder une vision logique du monde. En effet, vivre un tel évènement n’est pas normal, personne n’y est préparée (étant donné les mythes répandus sur le viol, on ne peut y être que mal préparé) et renverser la responsabilité d’un tel acte sur soi-même est une façon de préserver la logique d’un monde : “tant que tu suis les règles, il ne t’arrivera rien”. C’est notamment ce type de raisonnement qui amplifie la valeur accordée aux mythes.

Il faut donc se débarrasser d’une culpabilité et d’une honte qui devraient être portées par l’agresseur. Le regard de la société doit changer. Ce qui doit être pris en compte, ce n’est pas l’expression ou non d’un consentement biaisé par l’environnement ou la stratégie de l’agresseur (voir les très bons articles de Sandrine Goldschmidt sur la présomption de consentement et ), mais bien le comportement de ce dernier. C’est lui qui agit par contrainte, violence, menace ou surprise.

BinKa explique cette notion de comportement de l’agresseur Vs consentement de la victime ; A. Ginva propose, dans un commentaire à cet article (à lire aussi ici), de se poser ces questions :

Quelles mesures concrètes [l'agresseur a-t-il] mis en place pour s’assurer, au delà du moindre doute, que si elle ne désirait pas tel acte, elle puisse le faire cesser immédiatement?
Quelles mesures concrètes [l'agresseur a-t-il] mis en place pour [s']assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment, elle désirait pleinement les actes et qu’elle accepte en toute conscience?
Quelles mesures concrètes [l'agresseur a-t-il] mis en place pour [s']assurer, au delà du moindre doute, qu’à tout moment toutes les conditions soient présentes pour que le « oui » ne soit pas extorqué par la contrainte ou le sentiment d’obligation chez la partenaire? (Ceci exclut d’emblée tout rapport de hiérarchie, les drogues, l’alcool, un état de faiblesse morale ou physique chez la victime, et autres contre-indications).

En effet, dû à notre société actuelle, à l’ambiance générale qui règne autour de nous (publicité, pornographie…), nous intégrons plus ou moins inconsciemment que “l’homme propose, la femme dispose”, c’est-à-dire une sexualité féminine d’abord soumise à la sexualité masculine. D’où le fait, qu’encore aujourd’hui, certains croient qu’on ne peut pas violer son épouse ; d’où le fait, que certaines personnes insistent pour obtenir un acte sexuel alors que toute vraie relation sexuelle est la rencontre de deux désirs. Ainsi, face à un tel schéma qui est plus ou moins intégré par les femmes, celles-ci peuvent “céder” sans qu’il y ait une quelconque violence. Mais, si on a l’impression de “céder”, c’est bien parce que l’envie n’y ait pas, c’est bien parce qu’il y a eu une forme de contrainte, quelqu’elle soit. Cette situation est caractérisée comme un viol.

Je ne cherche pas à dire : il faut absolument que vous considérez vos relations correspondant à ces descriptions comme des viols, car un viol mérite d’être puni, un violeur doit aller en prison. Ce qui est important c’est de mettre un mot sur votre souffrance pour pouvoir la comprendre mais aussi, mettre les protagonistes à leur vraie place : dans un viol, il y a un agresseur et une victime. Et vous êtes la victime. Je pense que c’est un premier pas pour faire disparaître ce sentiment de culpabilité. Le mot victime n’est pas un gros mot ; le mot victime ne vous enferme pas dans une définition, une identité de laquelle vous ne pouvez pas sortir. C’est un mot pour signifier qu’on a porté atteinte à une personne, que celle-ci n’est pas responsable de ce qui lui est arrivé et qu’il est donc tout à fait normal qu’elle en ressente un certain mal-être.

Pour terminer, j’aimerais mettre ce site en lien où vous pouvez trouver diverses explications et surtout, des témoignages (souvent utiles quand on veut comparer son vécu pour savoir “si c’est bien un viol”) et la possibilité d’échanger avec une professionnelle qui peut vous aider dans votre parcours de victime : www.sosfemmes.com

#jenaipasportéplainte

#jenaipasportéplainte

parce que je ne savais pas que quand on n’a pas envie, qu’on dit non et qu’on essaye de le repousser, c’est un viol ;

parce que je n’ai ni crié, ni mordu, ni frappé ;

parce que j’ai continué à le voir et ça a continué ;

parce que je croyais que c’était juste, comme ça, et que si je n’étais pas bien, c’était parce que c’était moi qui n’étais pas normale ;

parce qu’une “amie” te dit que tu es une salope ;

parce qu’une autre amie ne comprend pas pourquoi tu n’as pas crié alors qu’il y avait des gens à côté ;

parce qu’un psy te dit que quand il n’y a pas de couteau, ce n’est pas un viol ;

parce que je n’ai pas envie que ma famille sache ;

parce qu’avec tout ça, aucun policier ne me croira ;

parce que si je porte plainte, ce sera requalifié en agression sexuelle et que maintenant, il est trop tard.

“Sa/ta/ma femme”

L’importance des mots, encore.

Certains ont beau critiquer la disparition administrative du Mademoiselle ou l’idée de revenir à la règle de proximité, les mots créent pourtant une réalité. Ils sont l’une des bases de la formation des mentalités. Si l’on veut qu’une femme ne meure plus tous les trois jours sous les coups de son compagnon, alors une réforme de la langue française doit être prise en compte sérieusement. Il ne s’agit pas de futilités, mais bien de mentalités.

 

On appelle couramment l’épouse d’un homme : “sa femme”. Moins souvent, l’époux d’une femme : “son homme”.

Ici, “sa femme” est synonyme de “son épouse”, mais “son homme” relève plus de la possession avant d’être un statut marital. Premièrement,  la femme est une fois de plus rendue invisible sous un statut. Ensuite, un homme peut posséder un sexe.

J’ignore si, dans les cérémonies de mariage, les maires disent “je vous déclare mari et femme”, mais je trouve cette expression plutôt dangereuse. L’amalgame est toujours fait entre le sexe féminin et le statut d’épouse, et cet amalgame renforce l’idée qu’un mari peut “posséder” son épouse, parce que c’est une femme, sa femme.

 

Le combat pour une langue française plus égalitaire est donc loin d’être terminé.

En théorie, les gens sont unanimement contre le viol, contre ce crime ignoble.

En pratique, ces belles pensées sont oubliées.

 

Un beau jour, j’ai essayé de faire comprendre à quelques personnes à quel point leurs propos sur un “soi-disant” viol (“c’est facile de faire croire qu’on s’est fait violé ; elle fait ça pour l’argent”) étaient faux mais surtout dangereux. On me répond, outré, que je les assimile à des “pro-violeurs”.

Justement, ils ne croient pas si bien dire.

 

Antisexisme a fait un belle synthèse sur les mythes sur le viol et ses conséquences. Ces mythes entravent le rétablissement des victimes, contribuent à immuniser les agresseurs et accentuent les viols et les inégalités de sexe.

Quels sont ces mythes et qui y adhère ?

Les conséquences pour la victime.

Ces mythes restreignent la liberté des femmes.

Les conséquences sur la propension au viol.

Transmission de ces mythes par les médias.

 

Quand la majorité semble adhérer aux mythes autour du viol, la croyance en ces mythes est renforcée au niveau individuel, et la propension au viol, amplifiée.”

Les mythes sur le viol doivent donc être démentis.

 

http://www.contreleviol.fr/

Ok, j’ai les infos en bruit de fond. Ok, j’étais pas chez moi la journée. Ok, j’ai pas regardé les infos quotidiennes du midi.

Mais je me suis dit, oh ben y aura bien quelque chose sur la journée des droits des femmes sur les chaînes d’info en continu. Non. Ou si, mais pour dire que Mr le Président a visité une entreprise. C’est tout. Bon, le fait que le Président annonce son retrait de la politique s’il perd les élections est une information importante, quoiqu’on en pense. Mais je regrette que le jour où, pour une fois, l’occasion est faite pour poser la question de l’égalité des sexes, l’information soit monopolisée par cette information.

Pourtant, il y en a des choses à dire ; même si cela doit rester dans le cadre strictement politique, et même électoral, il y avait, hier soir, l’appel des féministes aux candidats.

Je regrette également que la majorité de l’information d’aujourd’hui traitant des inégalités hommes-femmes porte sur les questions de parité ou de salaire. A comprendre : je ne regrette pas qu’on parle de ces sujets, je regrette que ce soit les seuls sujets “parlants”. J’ai l’impression que ce sont des sujets d’inégalités dont on peut librement parler (vous avez sûrement entendu parler ces gens, qui “ne sont pas féministes, mais qui sont quand même pour la cause des femmes, parce qu’ils veulent l’égalité salariale, mais bon les publicités, propos et comportement sexistes, ça c’est autre chose, ça n’existe pas d’ailleurs”). Je me demande si c’est pas le rapport à l’argent : il est objectivement absurde de ne pas être payé selon son travail. J’ai l’impression que le sujet des inégalités salariales est libre puisque la question de sexe, et de genre surtout, n’est pas posée. On parle de constat (oh 25% -ou quelque chose comme ça- d’écart de salaire !), peut-être de solutions (des quotas : “c’est de la discrimination positive!”, comme si c’était un gros mot), mais assez peu du “Pourquoi, en quel honneur, par le biais de quelle mentalité accorde-t-on moins aux femmes qu’aux hommes?”. Voilà ce que j’aimerai voir dans la presse banalement accessible (càd celle qui nous donne des informations sans qu’on aille les chercher).

Enfin bon, cet accaparement de l’information par l’annonce de N. Sarkozy me fait penser à la Journée de lutte contre le sida brutalement interrompue par la mort du Pape, il y a quelques années.

 

Et pour vous remonter le moral, allez traîner sur les sites féministes ;)

… il parle de viol d’animaux.

“10 ans. La peine de prison à laquelle a été condamné un Californien pour avoir abusé sexuellement d’un chien chihuahua.”

Dans le chapitre “Longueurs d’avance : le décryptage des tendances selon TGV magazine” ; rubrique, “Les chiffres insolites”.

Donc, condamner un individu pour le viol d’un animal serait une tendance (c’est le genre de lubie typique de l’Amérique déglinguée et puritaine) et le condamner pour 10 ans serait “insolite”.

C’est un petit encadré de 5 lignes seulement mais qui peut dire tout ça !

En 5 lignes, on se moque de viol d’animaux ; en 5 lignes, on se moque d’une condamnation pour viol.

La  condamnation d’un viol de chihuahua ne devrait pas excéder combien d’années, de mois ou de semaines pour ne plus être insolite ?

Le viol d’un dobermann est-il moins risible ? et plus pénalement sanctionnable ?

 

J’ai un (même 3!) nouveau chiffre insolite à leur soumettre :

“75000 femmes adultes violées par an. 10% de plaintes. 1% de condamnations.”

Le 8 mars (“journée de la/des/du droit des femmes”) approche. Pas de justice, pas de paix a lancé sa campagne.

 

 

Lien du TGV mag, du mois de février (page 12) :

http://www.tgv.com/fr/tgv-et-vous/tgv-magazine

“J’aime les femmes”

Je n’aime pas cette expression.

D’abord, parce que c’est l’expression préférée des machos. Comme si cela pouvait tout justifier.

- Je la frappe, mais c’est parce que je l’aime ;

- Un crime passionnel : une homme tue sa femme par amour.

Il y a comme quelque chose de pas logique. Je me demande encore si ces personnes sont persuadées d’aimer l’autre. Je pense que oui, seulement ils n’ont pas la bonne définition de l’amour (comme les journalistes qui parlent de “crime passionnel”). Depuis quand, frapper quelqu’un est synonyme d’amour ? Ils confondent amour et possession, amour et domination.

Et puis, en soi, cette phrase n’exprime que le contraire de ce qu’elle veut nous faire croire (sauf si cette phrase est dite dans le cadre de ses préférences sexuelles, le verbe “aimer” n’a pas le même sens).

“J’aime les femmes” et non pas “j’aime une femme”. Dans la première phrase, j’associe plutôt “aimer” à un goût, une préférence, comme on aime quelque chose, un loisir : “j’aime le rugby”. Alors que les femmes sont des personnes, des individus ; si on aime un individu, on l’aime pour ce qu’il est, pour lui tout entier. On ne peut pas aimer “les” femmes, au même sens qu’on aime “une” femme. Regrouper les femmes pour exprimer son désir à leurs égards, revient à ne pas les considérer comme des individus à part entière ; je pense plutôt que cela rejoint une forme d’objétisation.

“J’aime les femmes – pour ce qu’elles représentent”. Alors non, ce n’est pas de l’amour. Et pourtant, puisque “aimer” est associé à un mot qui désigne une personne, on se trompe aisément sur son sens.

Alors, voilà pourquoi je déteste cette phrase. Beaucoup la sortent à tort et à travers, en pensant y voir quelque chose de positif, alors que cette phrase ne fait que contribuer au mépris des femmes.

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